Lunamiel – Pullip Ala
Lilith – Pullip Neo Noir
Yuuki – Dal Milch
Lucy – Pullip Eos
Arwen – Pullip Cinciallegra
Cherry – Pullip Youtsuzu
Elize – Pullip Seila
Serah – Pullip Tomoe Mami
Blencathra – Pullip Jaldet
River – Byul Tiger Lily
Pauline – Pullip Peter Pan
Mes p'tits mecs - Taeyang & Isul
Mes mini puces – Little Pullip, Little Dal & Aï BJD
Mes petites puces – Photo de groupe

13 juillet 2019

Petit marin

     Me revoilà après 3 semaines d'inactivité. Ça me désole de ne pas avoir plus de temps à accorder à mon petit monde...

La préparation du déménagement se poursuit, les maisons de poupées sont vides, les re-ments emballés. Mes pauvres poupées sont désormais "SDF" (sans dollhouse fixe).

Ajoutons à ça une bonne panne internet pendant presque une semaine et me voilà avec un blog qui sommeille à moitié...

Enfin! Je reviens tout de même avec une nouvelle tenue de Maman Muguette, la dernière avant son retour en France, lundi. 

C'est une tenue tout à fait de saison, puisque Lilith est aujourd'hui habillée en petit marin! J'aurais adoré l'essayer à Serah, grande habituée des uniformes de ce style mais ses chignons empêchent le port de la plupart des chapeaux...

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 Petit clin d'oeil de ma jolie bouée en forme de licorne ♥. Bon, pour Arthur c'est une "b-vache" mais non, c'est bien une licorne!

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Maman Muguette a également fait une petit variante "Biker" de la tenue "Rock'n'roll" de Demian pour sa boutique :

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19 novembre 2017

La Princesse, partie 2

Partie 1

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     Les années passèrent. La Princesse ne vivait plus que pour Sélène, sa précieuse enfant. Elle espérait chaque jour que Tristan revienne vers elles mais il n’était plus que l’ombre de lui-même. Pourtant, quand finalement il parvenait à leur réserver un peu de temps, il essayait sincèrement d’être le bon mari et le bon père qu’il aurait voulu être. Malheureusement, ses préoccupations le rattrapaient toujours.

De son côté, sa femme essayait de compenser son absence auprès de sa fille en prenant grand soin de son éducation. Elles sortaient régulièrement pour se promener dans le village. Elle la laissait ainsi jouer avec les enfants qu’elles rencontraient. La petite Sélène était une enfant enjouée et enthousiaste, comme l’était sa mère. Et finalement, malgré tout, elles étaient heureuses.

 

Pour fêter ses dix, sa mère organisa pour sa fille une grande fête dans le jardin de la maison. Elle invita tous les enfants du village, accompagnés par leurs parents. Elle fit préparer tout un banquet de friandises et de gâteaux préparés par les nombreux artisans du village. La fête était une vraie réussite. Sélène était aux anges, sa mère, malgré son statut de femme du chef, se laissa quelque peu aller à la danse et au jeu. Elle avait retrouvé son enthousiasme d’antan, tout le monde put le remarquer. C’est ainsi que la rumeur commença à prendre vie.

Serah - Pullip Tomoe Mami

Malgré les années qui venaient de passer, la Princesse n’avait pas changé. Elle n’avait pas subi les affres de temps. Aucune ride ne marquait son front, aucun signe de fatigue n’assombrissait ses yeux ou ralentissaient ses gestes. Les hommes l’admiraient toujours autant, ce qui rendit certaines femmes d’autant plus jalouses, et mesquines.

La rumeur enfla.

Au village, on se demandait comment la femme du chef pouvait rester aussi jeune et belle, malgré l’âge, les grossesses, le deuil, et la Vie tout simplement. Certains commencèrent à suspecter quelques actes de sorcellerie.

 

Ces bruits de ruelles parvinrent enfin aux oreilles de Tristan qui préféra ne pas y prêter attention. Il pensait que tout cela se tasserait avec le temps. Il se trompait.

Les habitants continuaient de parler de la beauté de sa femme, et de son éternelle jeunesse. Les femmes la traitaient de sorcière et l’accusaient de tous les maux qui frappaient le village.

Une épidémie de grippe chez les enfants ? C’est la femme du chef qui leur vole leur jeunesse.

Une mauvaise récolte ? C’est la faute de la sorcière qui agit contre la Nature.

Une jeune fille avait disparu ? Le village réclamait vengeance aux portes de la maison de Tristan. Sa femme ne pouvait être que la coupable. Elle devait voler la beauté et la jeunesse de la pauvre disparue. Plus tard, alors que réapparut la jeune infortunée qui n’avait finalement fui le village que pour retrouver un soupirant pas aussi galant qu’elle ne l’avait escompté, le mal était déjà fait.

Cela allait trop loin pour Tristan qui comprit qu’il ne pouvait plus fermer les yeux.

Il ne croyait pas sa femme coupable de quoi que ce soit mais cette situation ne pouvait plus durer. Sélène allait sur ses 14 ans, et à côté de sa femme, elle paraissait comme une jeune sœur. Bientôt, la fille paraitrait plus vieille que sa propre mère. De plus, lui-même se voyait de plus en plus vieillir, inexorablement…

Afin de calmer les habitants, il demanda à sa femme de ne plus quitter la maison, ce qu’elle accepta à contre-cœur. Néanmoins, elle comprenait la réaction de son époux.

Malheureusement, ce ne fut que le début et plus il cachait sa femme, plus il donnait crédit aux rumeurs du village.

Finalement, la pauvre Princesse ne pouvait plus que circuler dans la maison et le jardin, couverte d’un voile pour masquer son éternelle jeunesse.

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***

 

Quand Sélène fêta ses 18 ans, elle présenta un « ami » à ses parents, le fils d’un notable du village voisin qui lui était très cher. Le jeune homme ne tarda pas à demander sa main à son père qui y concéda avec joie. Sélène était des plus heureuses. La perspective de cette nouvelle union et de la fête qui l’accompagnerait allégea considérablement l’ambiance lourde dans la grande maison.

La Princesse se faisait une joie de préparer cet évènement, toujours en restant dans la maison néanmoins. Sélène, peinée pour sa mère, demanda à son futur époux ainsi qu’à son père l’autorisation de tout organiser dans la demeure familiale. Ainsi la Princesse put s’occuper d’absolument tout pour les noces, comme toutes mères rêvent de faire pour leur enfant. Quelle joie elle éprouva lors des premiers essais pour la robe de sa fille !

La cérémonie promettait d’être magnifique. L’été était particulièrement chaud cette année-là.

Aussi, se croyant seule entre deux préparatifs, la Princesse retira son voile pour profiter d’une douce brise rafraichissante. Il ne fallut qu’un bref instant pour que le fiancé de sa fille ne l’aperçoive en passant par-là et qu’il en oublie tous ses engagements.

Sélène n’avait jamais accordé de crédit aux rumeurs qui accablaient sa mère, elle l’avait toujours soutenue. Néanmoins, si la Princesse avait accepté de se cacher, c’était bien pour protéger sa fille du « qu’en dira-t-on », des rumeurs qui auraient pu circuler à son sujet. Quand elle aperçut le jeune homme, elle fut horrifiée à l’idée que le fiancé puisse rompre ses engagements par crainte d’épouser la fille d’une sorcière au visage figé dans le temps.

Elle repositionna alors son voile et accourut à la suite du jeune homme qui faisait déjà demi-tour, visiblement troublé.

– Je vous en prie attendez, supplia-t-elle en lui prenant le bras. Ce n’est pas ce que vous croyez !

Le jeune homme la regardait sans un mot.

– Ce n’est aucunement de la sorcellerie, je vous le promets. Et Sélène vous aime…

Le jeune homme se reprit alors. Il la regarda fixement, comme s’il voulait voir à travers le délicat morceau d’étoffe.

La Princesse, sous son voile, trembla. Elle se savait que faire. Puis, une solution s’imposa à elle.

– Je vous promets de quitter ce village et la vie de Sélène, mais je vous en prie, ne renoncez pas à elle. Elle mérite d’être heureuse, plus que quiconque. Vous n’entendrez plus jamais parler de moi. Vous avez ma parole.

– Pouvez-vous… hésita-t-il. Pouvez-vous retirer votre voile ?

La Princesse fut surprise par cette demande qu’elle n’attendait pas, mais elle y concéda.

Lentement, elle souleva l’étoffe et la déposa sur ses épaules. Le jeune homme rougit alors.

Il n’avait jamais vu de femme plus belle.

– Epousez-moi… souffla-t-il.

La Princesse, interloquée, porta la main à sa poitrine. Elle en eut le souffle coupé et ne savait que répondre.    
Le jeune homme s’approcha d’elle, l’obligeant à reculer pour éviter son contact. Il lui prit la main qu’elle venait de lever.

– Je vous en prie, épousez-moi, fuyons ensemble ! Laissez ce vieil homme qui vous sert de mari et vous oblige à vous cacher ! Venez avec moi !

Pour toute réponse, la Princesse retira sa main violement et le gifla de l’autre. Ses joues étaient rouges de colère, les larmes lui montaient aux yeux.

Elle s’apprêtait à remettre son voile et à quitter la pièce quand son regard fut attiré par une silhouette dans l’encadrement de la porte. Sélène.

Elle avait assisté à toute la scène sans pouvoir faire un geste, dire une seule parole. Elle pleurait en silence. Son regard exprimait colère et dégout.

Sa mère s’approcha d’elle.

– Sélène, ma fille, murmura-t-elle.

La jeune femme posa alors ses yeux sur elle. Son regard était dur désormais, noir.

– Hors de ma vue.

– Je t’en prie…

– HORS DE MA VUE ! SORCIÈRE ! hurla-t-elle.

Dans le cœur de la Princesse, quelque chose se brisa alors. Sans un mot, sans un dernier regard, elle quitta la pièce.

 

Plus tard, quand Tristan rentra à la maison et voulut voir sa femme, elle avait disparu.

Il la chercha partout, sans succès. Dans un ultime espoir, il se rendit jusque dans la tour où il l’avait rencontrée. A ce jour encore, il était le seul à en connaitre l’existence.

Malgré les années, l’édifice n’avait pas changé.

Quand il arriva devant la porte, elle était verrouillée, mais visiblement, elle avait servi récemment.

Il appela alors sa femme à haute voix. Au bout de quelques instants, le verrou de la porte fut retiré. La Princesse apparut alors, le visage rougi par l’émotion et les larmes.

 

Tristan avait appris ce qu’il s’était passé entre Sélène et elle. Quand il était rentré chez lui, il avait trouvé sa fille prostrée dans sa chambre. Il lui avait demandé où était sa mère.

« Partie. » avait-elle simplement répondu.

Après cela, il avait eu beaucoup de mal à en savoir plus, cela avait pris du temps mais elle lui avait finalement tout raconté.

Tristan savait que sa femme n’avait absolument rien à se reprocher mais il savait également que c’était inévitable. Cela faisait des années qu’il craignait qu’un homme plus jeune, plus beau ne tente de lui enlever. Et il avait fallu que cela soit le fiancé de leur propre fille.

 

Quand sa femme apparut devant lui, elle lui sourit tristement. Elle l’observa un moment, il avait tant vieilli. Ses cheveux noirs devenaient gris. Il ressemblait de plus à plus à son père. Néanmoins, elle l’aimait toujours profondément. Malgré le temps et les épreuves, elle avait été heureuse à ses côtés. Elle savait qu’il avait fait de son mieux.

Elle s’approcha lentement. Elle ne pourrait pas revenir avec lui, ils le savaient tous les deux. Elle le regardait pour la dernière fois. Elle lui caressa tendrement le visage, se dressa sur la pointe des pieds et l’embrassa.

Dans un élan passionné, Tristan la prit dans ses bras. Ils restèrent ainsi tous deux un long moment. Chacun versait des larmes silencieuses que l’autre ne pouvait voir.

Finalement, quand les larmes se tarirent, la Princesse s’éloigna et Tristan reprit le chemin du village. C’était mieux ainsi.

 

***

 

Les années passèrent encore... La Princesse n’avait pas quitté la tour depuis la dernière visite de Tristan.

Elle en sortait de temps en temps pour se promener autour de la vieille bâtisse et cueillir des baies sauvages mais c’était très bref. Elle n’était jamais revenue au village, elle ne s’en était jamais approchée. Pourtant, elle ne voulait pas s’éloigner. Elle savait sa fille à proximité, elle ne pouvait l’expliquer mais sentir sa présence lui faisait du bien, la rassurait et la rendait heureuse. Elle passait des heures à imaginer la vie de son enfant.

 

Un jour, alors qu’elle flânait au pied de la tour, elle vit approcher une très vieille femme au dos courbé. Ses cheveux blancs étaient maintenus par un chignon d’où s’échappaient quelques mèches. Elle portait une robe sombre et un châle recouvrait ses épaules. Elle s’appuyait sur un bâton pour marcher mais quand elle s’arrêta, il était évident qu’elle n’en avait pas besoin, elle était encore forte. Elle se redressa et observa la Princesse. Ses traits étaient durs, sculptés par des années difficiles, mais à la vue de la belle jeune femme, ils semblèrent se relâcher et elle esquissa un sourire.

« Tu n’as absolument pas changé. » remarqua-t-elle.

La Princesse s’approcha d’un pas hésitant. Elle ne pouvait y croire.

« Sélène ? » demanda-t-elle.

Pour toute réponse, la vieille dame sourit de plus belle.

« Bonjour mère. » finit-elle par répondre.

La Princesse porta la main devant sa bouche et, n’y tenant plus, se jeta dans les bras de sa fille.

Sélène l’accueillit avec une joie non feinte. Elles sanglotèrent ainsi un moment dans les bras l’une de l’autre, heureuses de ces retrouvailles.

Ensuite, elles s’installèrent, assises sur l’herbe fraiche. La Princesse dut aider Sélène à s’asseoir.

Et elles parlèrent, elles avaient tant de choses à se raconter.

 

Tristan était décédé une vingtaine d’année auparavant. Il ne s’était jamais remarié. Les dernières paroles qu’il avait offertes à sa fille avait été pour lui confier la localisation de la tour où s'était réfugiée sa mère pendant toutes ces années. 

Sélène lui avait pardonnée depuis longtemps mais elle s’en était voulu de la façon dont elle l’avait rejetée. N’excusant pas son geste, elle n’avait jamais osé traverser la forêt jusqu’à la tour. Jusque-là. Le Temps a tendance à remettre les choses à leur place. Elle sentit qu’elle ne pouvait plus attendre.

De son côté, elle ne s’était jamais mariée, au grand dam de Tristan. Elle eut tout de même un enfant, un garçon. Mais il fut victime d’un accident de chasse, il n’avait pas 20 ans.

A la mort de son père, Sélène avait pris la tête du village jusqu’à récemment où, désormais trop âgée, elle avait légué ses responsabilités à un de ses plus fidèles conseillers, un cousin de son père.

 

Quand elles eurent fini de parler, le soleil disparaissait derrière les arbres. La Princesse supplia sa fille de rester mais celle-ci refusa. Sa place était au village. Elle s’en alla donc comme elle était venue. Heureuse d’avoir pu faire la paix avec sa mère.

 

Un mois plus tard, Sélène mourut à son tour, dans la grande maison où elle avait grandi.

La Princesse sentit au fond d’elle-même que sa fille n’était plus. Elle quitta alors sa tour.

Elle se rendit au village une toute dernière fois, sans voile, la tête haute. Qui se souviendrait d’elle maintenant ?

La jeune femme alla donc jusqu’au cimetière où reposaient son mari et ses deux filles. Elle se recueillit de longues heures dans le silence.

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Enfin, quand elle se redressa, la Lune était déjà haute dans le ciel. Elle y jeta un bref coup d’œil en souriant tristement. Elle était seule encore une fois, après avoir survécu à sa famille.

Elle quitta le cimetière et le petit village endormi, ses cheveux dorés bercés par une petite brise. Jamais plus elle n’y retourna. Jamais plus elle ne se maria, jamais plus elle n’enfanta.

 

FIN.

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12 novembre 2017

La Princesse, partie 1

     Me revoilà avec un nouveau conte dans la lignée de "Blencathra" (parties 1, 2 et 3).

Celui-ci raconte l'histoire de Serah lors de son arrivée sur Terre suite à la destruction de son royaume et la disparition de ses parents. A cette époque, elle n'avait pas encore choisi le nom que nous lui connaissons. Elle était encore "La Princesse", perdue seule dans un nouveau monde.

Pour celui-ci également, j'ai utilisé un conte connu comme base, avant de laisser aller l'histoire sur son propre chemin... J'espère que ça vous plaira.

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     Il y a très longtemps, au cœur d’une forêt profonde, s’élevait une haute tour en pierres sombres. La tour ne possédait qu’une porte à sa base, ainsi qu’une seule et unique fenêtre en forme d’ogive à son sommet.

C’est là qu’avait trouvé refuge une jeune princesse.

Errant seule sur Terre après la destruction de son royaume au cours d’une effroyable bataille, elle avait cherché un endroit isolé, loin des hommes, pour se reposer.

Serah - Pullip Tomoe Mami

C’est ainsi qu’elle avait trouvé cette tour alors qu’elle fuyait les bruits de la nuit.

Elle eut quelques difficultés à ouvrir la porte dont les gonds étaient rouillés par le temps. Néanmoins, une fois à l’intérieur, elle n’hésita pas à la refermer solidement. Elle ne voulait pas être dérangée.

La tour était vide et froide. A tâtons, elle longea la paroi circulaire, non sans un certain dégoût. Elle ne tarda pas à trouver un escalier en colimaçon. Elle monta prudemment les marches une à une. Le bois craquait sous ses pieds mais ne céda pas.

Enfin, sa main toucha le plafond. Une trappe lui bouchait le passage. Elle n’eut aucun mal à trouver la poignée ronde en fer et poussa de toutes ses forces.

Elle se retrouva alors au sommet de la tour. La lune éclairait la pièce par la fenêtre qui était bien plus grande que ce qu’elle ne paraissait depuis l’extérieur. La jeune fille aurait pu tenir aisément debout dans l’encadrement sans être à l’étroit.

A sa grande surprise, elle y trouva du mobilier. Quelqu’un avait dû vivre ici, il y a longtemps. Tout était recouvert d’une épaisse couche de poussière.

Il y avait une cheminée dans laquelle s’élevait encore une broche où était pendue une vieille marmite.

Une lourde table en bois trônait au milieu de la pièce, accompagnée de deux chaises dont l’une avait été renversée.

Enfin, du côté opposé de la fenêtre se trouvait un petit lit en bois sculpté dont les couvertures miteuses tombaient en poussière. La princesse se dirigea lentement jusque-là. Elle était si fatiguée. Pourtant, elle prit la peine de redresser la chaise renversée sur son chemin. Elle arracha les vieilles couvertures du lit et les jeta sur le sol. Le matelas dessous lui sembla suffisamment propre. Elle s’allongea alors et jeta un dernier regard vers la Lune. Son regard sans expression jusque-là se fit alors si triste... Une larme coula sur sa joue. Elle ferma alors les yeux et s’endormit.

 

***

 

Tristan était le fils du chef d’un grand village qui bordait la forêt. C’était un bel homme, grand et fort, sûr de lui-même. Chasseur aguerri, il s’aventurait régulièrement au plus profond de la forêt, toujours en quête de nouvelles proies.

Après avoir traversé d’énormes buissons épineux à coups de hache, il se retrouva dans la clairière où s’élevait la tour sombre. Il n’avait jamais été si loin.

Il fit le tour du bâtiment jusqu’à se trouver devant la porte, en-dessous de la fenêtre. Une légèrement brise soufflait.

Quand il s’approcha de la porte, il sentit quelque chose de léger et de doux lui caresser le visage. Il porta la main sur sa joue. Elle s’emmêla dans ce qui paraissait être des fils d’or. Il les saisit délicatement et leva la tête. Les fils descendaient de la fenêtre et volaient dans la brise.

Tristan, plus curieux que jamais, essaya d’ouvrir la porte, en vain. Elle était bloquée de l’intérieur et sa force ne put la faire bouger. Il décida donc de revenir le lendemain, équipé d’une corde et d’un grappin.

Le jour suivant, et ce malgré son agilité, il dût s’y reprendre à plusieurs fois avant d’atteindre la fenêtre. Néanmoins, quand l’outil fut enfin solidement accroché, il put entreprendre l’ascension de la tour.

A de nombreuses reprises, il faillit tomber. Les fils dorés avaient la fâcheuse tendance à entraver ses mouvements. Mais Tristan n’était pas de ceux qui renoncent, et, au prix de nombreux efforts, il arriva enfin jusqu’à la fenêtre et put pénétrer dans la tour.

Le spectacle qui l’attendait alors était plus surprenant encore que ce qu’il avait imaginé.

En effet, le sol était recouvert de fils d’or. Il discerna du mobilier, mais il était à peine visible sous les vagues souples de fils pêle-mêle. Il fit un pas, descendant de l’encadrement de la fenêtre, son pied s’enfonça au milieu de la masse souple et dorée. Il le retint par prudence puis, ne sentant aucun danger, le posa. Les fils engloutirent sa jambe jusqu’au genou. Malgré tout, il posa l’autre pied et essaya d’avancer.

C’est à ce moment qu’il aperçut la jeune fille. Elle était endormie, sur un petit lit visiblement, il n’en voyait que le haut du montant en bois. Un instant, il l’a cru morte. Mais en s’approchant, il remarqua sa délicate poitrine se soulever au rythme de sa respiration.

Tristan resta un moment à l’observer. Sa peau blanche, ses joues roses, ses longs cils, ses lèvres pleines,… Il ne pouvait détourner son regard captivé.

Sa robe, d’une étoffe aux reflets argentés avait visiblement été confectionnée par les meilleurs artisans.

Le jeune homme sentit la tête lui tourner. La jeune femme était si belle. Puis, il se rappela les fils qui l’avaient conduit jusqu’ici. Il fit un tour sur lui-même, pour revenir sur la jeune fille. Il réalisa seulement alors que les fils d’or étaient en fait sa chevelure.

Il eut un mouvement de recul devant cette effrayante vérité. Cette jeune fille était-elle une sorcière ? Une puissance magicienne ? Il pensa quitter la tour au plus vite et faire comme s’il ne l’avait jamais trouvée mais très vite, il se reprit. Il se dit que pareille beauté ne pouvait être maléfique. Il se convainc qu’elle était plutôt victime d’un mauvais sort. Il s’approcha d’elle à nouveau, et s’agenouilla. Il se rappela les contes que lui racontait sa nourrice quand il était enfant. « La belle endormie se réveillait après un doux baiser. »

« Peut-être qu’elle aussi… » se dit-il. C’est alors qu’il posa ses lèvres sur celle de la jeune fille.

La Princesse ouvrit alors les yeux. Elle avait encore l’esprit endormi, pourtant sa réaction fut des plus violentes. Elle repoussa férocement cet homme, cet inconnu, qui tomba plusieurs mètres plus loin. Comment osait-il ? Elle était manifestement hors d’elle, il n’y avait absolument rien de doux dans son regard. Elle se redressa. Elle ne ressentait nullement l’engourdissement que l’on peut ressentir après un très long sommeil. Ses yeux lançaient des éclairs.

Serah - Pullip Tomoe Mami

– Qui êtes-vous ? hurla-t-elle. Comment osez-vous me toucher ainsi sans ma permission ?

Tristan demeurait interdit. Il regarda autour de lui, le regard un peu perdu et se rendit compte qu’il était sur les fesses, et pas vraiment à son avantage. « Quelle force elle a ! » se dit-il, maudissant intérieurement les contes de son enfance. Il tenta de se relever et sentit sa dague à son côté. Cela le rassura et il se mit debout.

– Je vous ai sauvée, affirma-t-il fièrement. Depuis combien de temps étiez-vous victime de ce sommeil maudit ?

Prononçant ces derniers mots, il balaya d’un geste de la main la pièce recouverte de cheveux.

C’est à ce moment que la jeune femme remarqua à son tour l’état de la tour. Elle avait visiblement dormi plus de temps que prévu.

Elle releva alors ses mains et les observa. Il n’y avait pas une trace du temps passé, aucune ride. Elle se savait pourvu d’une très longue longévité, comme sa défunte mère avant elle, mais elle n’en fut pas moins déconcertée. Elle avait visiblement dormi plusieurs années, voire plusieurs siècles.

Tristan, qui avait repris toute sa confiance, fit un pas vers elle, l’arrachant à ses pensées.

Elle posa alors ses yeux sur la dague.

– Puis-je vous l’emprunter, demanda-elle, poliment, esquissant un sourire. Son regard s’était fait plus doux. Sa colère semblait s’apaiser.

Instinctivement, Tristan posa la main sur l’arme. Il hésita. Finalement, il jaugea la jeune femme, et se dit que si elle l’attaquait, il aurait facilement le dessus, même si elle était visiblement plus forte qu’elle ne le laissait paraître.

Il lui tendit alors la garde de la dague qu’elle empoigna sans hésitation.

D’un geste, elle saisit alors sa belle chevelure, rassemblée de part et d’autre de son visage, la tendit devant elle et de la lame la coupa. Ses cheveux tombèrent au sol pendant qu’elle secouait joyeusement la tête comme libérée.

– C’est beaucoup mieux, dit-elle en souriant.

Elle rendit alors l’arme à son propriétaire abasourdi et fasciné.

Après un instant, il se reprit.

– Je devrais partir, dit-il en se tournant vers la fenêtre.

– Effectivement, répondit la jeune femme.

Son regard intense ne le quittait pas des yeux, Tristan avait du mal à l’affronter, il détourna le regard, penaud.

– Pourrais-je revenir ? demanda-t-il enfin en tournant légèrement la tête.

La jeune femme hésita un moment, puis soupira.

– Je n’ai pas vraiment les moyens de vous en empêcher, conclut-elle.

Elle ne souriait plus mais son expression n’avait rien d’hostile. Elle avait plutôt l’air pris au dépourvu, mais sa curiosité vis-à-vis de cet étranger avait pris le dessus.

 

Les jours qui suivirent, Tristan revint régulièrement au pied de la tour, mais la princesse n’ouvrit jamais la porte. Après le départ du jeune homme, elle avait réalisé qu’elle avait été à sa merci et sa sécurité compromise. Aussi, elle regretta d’avoir réagi si légèrement. Elle se promit d’agir avec plus de discernement et surtout de prudence.

Quand Tristan se présenta alors au pied de la tour, et frappa à la porte, elle ne lui répondit pas.

Il l’appela encore et encore, lui promit qu’il ne lui voulait aucun mal, en vain. Finalement, il tenta plusieurs fois de lancer son grappin mais elle le rejeta, ce qui d’une certaine façon le rassura. Il eut peur qu’elle soit retombée dans un profond sommeil ou pire encore.

Malgré tous les efforts de la Princesse pour le décourager, il ne s’avoua jamais vaincu. Il revint encore et encore, prenant le parti que si elle ne voulait pas lui parler, c’est lui qui ferait la conversation.

Il s’installa alors au pied de la tour, à son aise et parla à très haute voix. Il lui parla de lui, de son village, de son père et de sa défunte mère, de la chasse et de ses amis.

Ce manège dura des semaines, jusqu’à que finalement, contre toute attente, la Princesse se pencha à la fenêtre de la tour.

Tristan fut agréablement surpris, car jusque-là elle s’était à peine montrée.

Sans un mot, elle jeta une masse dorée et emmêlée qui se déroula jusqu’à toucher l’herbe verdoyante, au pied de la tour. Une échelle. Pendant toutes ces semaines, à l’aide de sa longue chevelure coupée, elle avait tressé et confectionné une solide échelle.

Ouvrir la porte de la tour aurait été bien plus simple mais elle se sentait plus en sécurité ainsi. La porte était fermée depuis si longtemps qu’elle avait peur de l’ouvrir et de laisser entrer qui ou quoi que ce soit. Grâce à cette échelle tressée de ces mains, elle avait la sensation de maitriser la situation.

Tristan monta avec prudence la première fois, mais il put constater que l’échelle était parfaitement sûre.

Les jours qui suivirent, il suffisait à Tristan d’appeler la Princesse pour qu’elle lui ouvre ainsi le passage.

Ils passaient ainsi des heures ensemble et bien qu’elle ait des difficultés à le reconnaître, la Princesse attendait avec de plus en plus d’impatience les visites de son nouvel ami.

 

Les semaines passèrent, puis les mois.

Par une belle journée d’été, alors que Tristan attendait au pied de la tour, il entendit le verrou de la porte de la tour. Il jeta un coup d’œil furtif à la fenêtre et, ne voyant pas la Princesse, saisit sa dague, pensant à un possible intrus. La porte s’ouvrit alors laissant passer la jeune femme hésitante.

– Voudrais-tu me montrer ton village ? demanda-t-elle alors timidement.

De toute évidence, il lui avait fallu beaucoup de courage pour prendre cette décision.

La surprise passée, Tristan, rassuré, rangea sa dague.

– Avec joie, répondit-il dans un sourire.

Il lui tendit la main, qu’elle prit, et ils traversèrent la forêt ensemble.

La Princesse fut très enthousiaste devant la découverte de toutes ces nouveautés. Le paysage était vraiment différent de son ancien Royaume, bien plus sauvage.

A son arrivée dans la région, des siècles auparavant, elle n’avait pas eu le cœur à admirer toutes ces nouvelles choses qui s’offraient à elle. Les arbres, les fleurs, les animaux,… Il y en avait tant. Elle ne tenait pas en place.

Enfin, ils commencèrent à croiser les petites maisons qui bordaient la forêt. Des maisons au toit de chaume très bas, et au mur de pierres sombres, comme celles de la tour. Il y avait des enclos avec des cochons, des poules qui se promenaient en liberté. Le chemin était boueux mais cela ne la dérangeait pas le moins du monde.

Ils avancèrent. Les maisons se firent plus grandes, les chemins se recouvraient de pavés. Il y avait de plus en plus de gens dans les rues, des étalages, du bruit, des odeurs.

Plusieurs personnes saluèrent Tristan sur leur passage et tombèrent en admiration sur la mystérieuse jeune femme aux cheveux d’or qui l’accompagnait.

Ils atteignirent enfin la plus grande maison, celle du chef du village, celle de Tristan et de son père.

La Princesse était très impressionnée à l’idée de rencontrer ce dernier. Elle s’était imaginée toutes sortes de choses sur cet homme, à travers les récits pleins d’admiration de son fils.

Visiblement, Tristan avait confié à son père les raisons de ses absences prolongées dans la forêt. Il accueillit la jeune fille les bras ouverts, ravi.

Le chef du village était un homme bienveillant, aimé de tous. Il était encore grand malgré son âge avancé. Ses cheveux et sa barbe étaient d’un blanc immaculé mais son regard était encore jeune et rieur. La Princesse n’eut aucun mal à l’imaginer jeune, Tristan lui ressemblait beaucoup. Elle n’en était pas moins impressionnée en sa présence.

Contre toute attente, le vieil homme proposa à la jeune femme de rester dans sa demeure aussi longtemps qui lui plairait. Depuis la mort de sa défunte femme, des années auparavant, son fils et lui étaient restés seuls avec quelques serviteurs. Il était visiblement très heureux de voir un nouveau visage, qui plus est des plus charmant et en compagnie de son fils.

La Princesse qui, même si elle n’osait l’avouer, ne supportait plus la solitude de sa tour, n’eut pas le cœur à refuser la demande du maitre de maison, à la grande joie de Tristan, et c’est ainsi qu’elle commença à vivre parmi eux.

Sans grande surprise, au bout de quelques semaines, le mariage de Tristan et de la belle inconnue fut annoncé.

Serah - Pullip Tomoe Mami

La cérémonie, et la fête qui suivit, durèrent trois jours et trois nuits. Tout le monde se réjouissait de cette union, le père de Tristan presque autant que son fils.

Un an et demi plus tard, la Princesse mit au monde une petite fille, du nom de Sélène. La jeune mariée était au comble du bonheur, et bien sûr son époux aussi. L’enfant ressemblait beaucoup à son père. Elle était de très bonne constitution, les cheveux bruns, le regard espiègle.

La maison avait retrouvé une ambiance chaleureuse et joyeuse. Le père de Tristan était toujours prêt à accueillir sa petite fille dans ses bras et à jouer avec elle.

Trois annés après une autre enfant vint au monde, Amy. Malheureusement, elle mourut avant d’avoir atteint sa première année.

En pleine détresse, la Princesse réalisa alors que ni Amy, ni même Sélène n’avait hérité de sa constitution hors du commun. Inconsolable, elle commença à se dire que ce n’était que le début…

Déjà très âgé, le père de Tristan supporta très difficilement le choc de la perte de sa petite fille, et s’affaiblit à vue d’œil. L’hiver qui suivit, il décéda à son tour laissant la responsabilité du village à son fils en deuil.

 

Tristan changea, il n’était plus le jeune homme insouciant que la Princesse avait rencontré. La perte de sa fille, puis celle de son père l’avait terriblement marqué. De plus, le village avait besoin de lui. Il était sans cesse occupé, et préoccupé, se refermant de plus en plus sur lui-même, s’éloignant de sa femme et de sa fille encore en vie.

 

A suivre...

 

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02 juin 2017

Blencathra, partie 3

Partie 1

Partie 2

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      Quand Helvellyn ouvrit enfin les yeux, elle était seule. Elle portait encore sa robe de mariée, mais elle semblait jaunie. La poussière avait recouvert tous les meubles de sa maison. Des ronces courraient le long des murs et du plafond visiblement affaissé. D’épaisses toiles d’araignées pendaient dans tous les coins.

Malgré tout, sa première pensée fut pour Godric. Elle se précipita et tenta de sortir de sa maison mais dût s’arrêter net. Un mur de ronces l’empêchait de franchir le pas de la porte. Elle saisit alors une hachette qui trainait dans un coin, et frappa, essayant de se frayer un passage. Malheureusement, les ronces ne se laissaient pas faire, et elle dût renoncer. Elle essaya alors d’allumer un feu et fit une torche espérant les repousser mais elles ne bougèrent pas plus. C’était sans espoir.

Finalement, Helvellyn posa son regard sur son médaillon, toujours autour de son cou, et sourit.

« Blencathra, Blencathra, Blencathra ! » prononça-t-elle distinctement.

Un bruit sourd se fit alors entendre à l’extérieur de la bergerie. La terre trembla. Les ronces commencèrent à se mouvoir en craquant, se tordant comme sous l’effet d’une intense douleur. Une odeur de brûlé commença à se faire sentir. Helvellyn put voir les ronces tomber les unes après les autres devant sa porte dans des crépitements secs.

Enfin, elle la vit s’avancer. Blencathra.

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Malgré les années, elle n’avait nullement changé. Sa longue chevelure rouge sombre flottait derrière elle telle une cape. Elle était vêtue d’un long manteau noir fermé par une large ceinture à la taille.

Tout autour d’elle, les ronces disparaissaient dans un brasier semblant venu tout droit des enfers.

Quand elle vit Helvellyn, la jeune femme fronça les sourcils.

« Que s’est-il passé ici ? » demanda-t-elle sans plus de cérémonie.

Helvellyn rassembla ses souvenirs et lui raconta les évènements qui l’avaient conduite à l’invoquer.

Blencathra écouta en silence, le visage sombre. Elle commençait à comprendre. Finalement, elle avait été bien ingrate envers celle qui s’était si bien occupée d’elle malgré son jeune âge. Elle avait été incapable de l’aider quand Helvellyn en avait eu besoin.

Cette dernière la coupa dans ses pensées :

« Peux-tu faire disparaitre ces horribles ronces et me conduire jusqu’à Godric, s’il-te-plait ? »

Blencathra l’observait. Elle paraissait sceptique et hésitait. Enfin, elle soupira.

« D’après toi, combien de temps s’est écoulé depuis notre dernière rencontre ? » demanda-t-elle alors.

Ce fut au tour d’Helvellyn de l’observer en silence, surprise par cette question. Elle se sentit alors soudain envahie par l’angoisse.

– Euh… Je ne suis pas sûre, une dizaine d’années je dirais. J’étais enfant, répondit-elle.

– Cela fait presque 50 ans, Helvellyn.

Sous le choc, cette dernière eut un mouvement de recul. Blencathra la rattrapa avant qu’elle ne s’effondre à genoux.

– C’est… C’est impossible. Mon mariage… C’était il y a quelques jours à peine. Je n’ai dormi que quelques jours. Je…

Elle était bouleversée et cherchait ses mots, le regard perdu dans le vague. Puis, elle se reprit.

– Où est Godric ? Où est-il ? implora-t-elle finalement, en essayant de se défaire de l’étreinte de la jeune femme.

 

Sans un mot, Blencathra l’avait conduite jusqu’à la tombe de son fiancé. Il reposait toujours là où Elena l’avait laissé des années plus tôt.

Les ronces semblaient avoir épargné le sommet de la haute colline, la seule à avoir gardé son manteau verdoyant. Tout autour ne régnait que désolation. Les ronces avaient asséché les rivières, meurtri le sol et les forêts. La faune, la flore, tout avait disparu.

Helvellyn accourut jusqu’au cercueil de verre en pleurant toutes les larmes de son corps, hurlant le nom de celui qui aurait dû partager sa vie.

Blencathra n’avait jamais été quelqu’un de compatissant, néanmoins, elle se sentit sincèrement désolée pour la jeune femme. Si elle avait su, elle aurait pu éviter tout cela.

– Il ne se réveillera pas, il est mort. Visiblement, la sorcière qui a maudit ces terres tenait à le conserver ainsi.

– Pourquoi… Pourquoi me suis-je réveillée et pas lui ? murmura alors Helvellyn en caressant le verre.

Blencathra doutait que ses explications ne lui apportent un quelconque réconfort mais c’était le moins qu’elle pouvait faire.

– La sorcière doit être morte, sa magie disparait. Les ronces vont se dessécher, cela a déjà commencé. Et tu t’es réveillée. J’ignore quel sort elle a utilisé, mais je ne vois que cette explication. Ton sommeil était magique, Godric, lui, a succombé à ses blessures. La mort de la sorcière n’y change rien.

– Je vois, murmura Helvellyn, en tombant à genoux au pied du cercueil. Elle soupira.

Ses larmes continuaient de ruisseler sur ses joues. Elle bascula alors sur le côté, pour s’asseoir négligemment, le dos appuyé contre la surface froide en verre. Elle resta un long moment comme ça, regardant le ciel clair au-dessus d’elle. C’était une belle journée.

Finalement, elle tourna la tête vers Blencathra comme si elle se rappelait enfin de sa présence.

– Peux-tu faire une dernière chose pour moi ? demanda-t-elle enfin.

– Je ne peux pas redonner la vie… commença la jeune femme qui crut deviner ses pensées.

– Non, coupa alors Helvellyn, ce n’est pas ce que je demande. Je sens…

Elle sourit tristement et recommença sa phrase comme si elle avait changé d’idée.

– Cela n’a plus d’importance désormais, lâcha-t-elle en souriant. Peux-tu juste redonner à ce domaine sa beauté d’antan ? Que les gens reviennent, que la Nature et la Vie reprennent le dessus. C’est tout ce que je souhaite.

« C’est tout… » se répéta Blencathra en soupirant. « Comme si c’était la chose la plus simple du monde. » Elle n’avait jamais tenté de sort aussi difficile. Détruire les ronces, cela allait. Détruire, elle savait faire. Mais faire revivre une Nature si dévastée…

Elle fixait Helvellyn adossée au cercueil de son fiancé. Quelle triste image… Sa décision fut alors prise. Sans un mot, elle posa un genou à terre, ainsi que sa main gauche. Elle ferma les yeux tout en baissant la tête pour se concentrer. Helvellyn ne pouvait l’entendre, mais elle murmurait des mots anciens. L’air se mit à tourner, se faisant de plus en plus puissant. Les cheveux de Blencathra s’élevaient et volaient autour d’elle comme s’ils avaient pris vie. La terre commença alors à trembler jusque dans la vallée dans un grondement assourdissant.

Les ronces maudites se desséchaient à vue d’œil pour finir en poussière. Malheureusement, elles avaient dominé ces terres pendant trop longtemps. Le paysage avait été cruellement marqué. L’ancienne région verdoyante était devenue un immense désert d’où ne s’élevaient que des forêts mortes. La terre était sèche et craquelée. Les eaux du lac étaient noires, boueuses, corrompues comme le reste. Du joli petit village, il ne restait que des ruines. Finalement, seul le site de pierres levées semblait avoir été épargné, intact. Même la verdure au centre du cercle avait survécu à la corruption de la malédiction.

Blencathra posa sa main droite au sol et releva la tête en prononçant d’autres mots. La Terre cessa de trembler, l’air se fit plus doux et frais. Pourtant, des perles de sueur coulaient sur son front et ses joues rougirent sous l’effort que cette magie demandait. Cela dura des heures, mais la jeune femme ne faiblit pas.

Sur tout le domaine, l’herbe repoussait, la sève dans les arbres coulait de nouveau, les rivières se gorgeaient d’eau. Le lac retrouva sa jolie couleur bleue où se reflétaient les collines qui semblaient renaitre.

Il faudrait du temps pour que la Nature retrouve son équilibre mais les villageois pourraient revenir et la vallée revivrait. Blencathra y veillerait.

Quand elle eut enfin terminé, elle eut du mal à reprendre son souffle. Ses cheveux étaient collés sur son front par la sueur. Ses jambes tremblaient. Elle était épuisée. Elle se jura de ne plus jamais utiliser une telle magie.

Elle releva la tête vers Helvellyn, toujours adossée au cercueil. Celle-ci avait fermé les yeux et ne bougeait plus.

Tant bien que mal, en titubant légèrement, Blencathra la rejoignit pour tomber à genoux à ses côtés. Elle lui toucha la joue encore mouillée par ses larmes, elle était froide.

Le Temps et la Nature avaient repris leurs droits sur la vie de la jeune femme.

Blencathra resta un moment à ses côtés, le visage baissé, caché dans ses cheveux. Elle était tellement désolée.

Finalement, quand elle en eut la force, elle se releva. Elle ouvrit le cercueil de verre et y déposa le corps sans vie d’Helvellyn aux côtés de Godric. Elle se surprit à prendre soin de sa robe, de ses cheveux,… Elle replaça le médaillon  sur sa poitrine, il ne brillait plus. Mais après tout, elle lui avait promis qu’elle pourrait le garder. Helvellyn était belle aux côtés de son fiancé, toujours aussi jeune que le jour de leurs noces. Ils semblaient si paisibles. Ils étaient enfin réunis.

Blencathra retira la dague qu’elle portait à sa ceinture et coupa une mèche de ses cheveux avec laquelle elle attacha les poignets des deux amoureux. « Oialëa » murmura-t-elle. Sous l’effet de l’incantation, le lien diffusa une lueur rouge. Ainsi, les deux âmes étaient liées pour toujours.

« Puissiez-vous être heureux ensemble dans une autre vie. » murmura alors Blencathra.

Elle referma le cercueil et recula de plusieurs pas.

Toujours les yeux posés sur le couple, elle écarta les bras en croix, paumes vers le haut. « RINGWË » hurla-t-elle en frappant violemment ses mains au-dessus de sa tête. De gros nuages noirs s’amoncelèrent au-dessus de la colline. Un violent coup de tonnerre se fit entendre, les éclairs frappèrent la terre de part et d’autre du cercueil, provoquant de profondes fissures sur plusieurs mètres autour. Le sol s’affaissa alors et le cercueil commença lentement à s’enfoncer pour disparaitre complètement. Il ne restait plus qu’une sorte de cratère. Un autre coup de tonnerre et une violente pluie s’abattit alors sur la tombe ainsi formée. Lentement, le cratère se remplit d’eau. Bientôt un étang se formerait protégeant les deux amoureux à jamais. « Repose en paix, Helvellyn. » murmura alors Blencathra. Et elle retourna d’où elle était venue.

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FIN.

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31 mai 2017

Blencathra, partie 2

 Partie 1

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     Les années passèrent et la petite Helvellyn devint une jolie jeune femme. Elle était toujours aussi vaillante et généreuse.

Régulièrement, les villageois et les gens de passage lui demandaient de raconter l’histoire de Blencathra. Elle concédait toujours avec plaisir à leur demande. Elle avait un véritable talent de conteuse. De plus, cette histoire attirait tant de monde désireux de voir la colline qui gardait les stigmates du combat contre les démons, que le village devint prospère, au grand plaisir du seigneur qui régnait sur ces terres.

 

Le Seigneur possédait un manoir à quelques lieues de là. C’était un homme bon, à peine plus vieux qu’Helvellyn, qui répondait au nom de Godric. Il était plutôt petit et trapu, la barbe et les cheveux d’un beau roux flamboyant.

Il avait hérité très jeune des terres de son père décédé quelques années plus tôt. Malgré cela, il avait la tête sur les épaules, et était très respecté par ses sujets. Il s’investissait beaucoup dans l’épanouissement de son domaine, et ne pouvait que se réjouir des affaires florissantes du petit village aux pieds des collines.

Bien entendu, il connaissait l’histoire de Blencathra. Néanmoins, il ne l’avait jamais entendue de la bouche d’Helvellyn, « la conteuse ». A l’époque, il était resté au chevet de son père mourant, et par la suite, ses responsabilités avaient pris le dessus. Avec le temps, cela avait fini par ne plus avoir d’importance.

Néanmoins, le nom d’Helvellyn continuait d’être prononcé en sa présence. Il décida donc qu’il était temps pour lui de rencontrer la jeune femme et d’entendre son histoire.

Il se déguisa afin ne de pas attirer l’attention, empruntant des vêtements à son serviteur, et se rendit au petit village. La bergère était sur la place centrale, entourée de plusieurs enfants qui lui posaient des questions sur la grande Blencathra, chasseuse de démons.

Godric fut très vite charmé. Helvellyn était très jolie, c’est un fait, mais elle débordait également d’un bel enthousiasme. Elle jouait avec les enfants, riait aux éclats. Et finissait toujours par s’échapper en courant car elle en oubliait ses brebis.

Aussi, il revint régulièrement sur la place pour l’écouter. Quand elle n’y était pas, il la trouvait dans les pâturages à surveiller son troupeau. Bien sûr, elle le remarqua et ils bavardèrent souvent. Finalement, ils devinrent très bons amis.

Helvellyn n’avait jamais vu son seigneur en personne, aussi elle n’avait aucune idée de la véritable identité de Godric qui passait pour un homme de passage, intéressé par les histoires régionales. Elle se sentait bien avec lui, et cela lui suffisait. Elle alla même jusqu’à lui confier le secret de son médaillon, la pierre offerte par Blencathra. Godric se contenta de sourire, il avait toujours été sceptique. Les objets magiques, il n’y croyait aucunement. Mais il aimait regarder Helvellyn rêver et raconter ses histoires. Elle lui permettait, pendant de courts instants, d’échapper à sa vie, ses responsabilités vis-à-vis du domaine,… Et surtout à Elena.

 

Elena était la fille d’un seigneur voisin, très vieil ami du père de Godric. Naturellement, les deux hommes avaient clairement émis le souhait d’unir leurs deux familles grâce au mariage de leurs enfants.

Godric n’était pas très à l’aise avec cette idée mais il l’avait toujours acceptée, comme il acceptait tout ce qui incombait à son devoir d’héritier et de seigneur.

Elena était une très belle jeune femme aux cheveux noirs ébène. Elle avait une peau de porcelaine et toujours un sourire enjôleur. Tout le monde l’aimait. Néanmoins, lui qui la connaissait depuis l’enfance, ne l’appréciait que moyennement. Elle était assez capricieuse et très égoïste. Elle pouvait se montrer aimable mais seulement si elle en retirait quelques bénéfices, ou l’admiration des autres. Elle n’agissait jamais au hasard, ce qui faisait d’elle une parfaite manipulatrice, surtout vis-à-vis de son père qui ne pouvait rien lui refuser.

Elena avait pleinement conscience des sentiments de Godric à son égard, mais elle n’en avait cure. Tout ce qu’elle souhaitait, c’était de faire un beau mariage et de devenir la femme la plus influente de la région. Tous devaient la connaitre, la respecter, et l’aimer.

A la mort de son « futur beau-père », la jeune femme avait senti le vent tourner, craignant que Godric n’en fasse qu’à sa tête et renonce à leur mariage. Aussi, elle ne manquait pas une occasion de lui rendre visite, avec ou sans son père, afin de se rappeler à son bon souvenir, et de lui parler de leur futur mariage bien entendu.

Godric appréhendait toujours ses visites qu’il trouvait de plus en plus ennuyeuses. Aussi, ses promenades en compagnie d’Helvellyn étaient vraiment les bienvenues.

 

Quelques mois après avoir rencontré la bergère, Godric réalisa finalement à quel point sa présence à ses côtés lui était devenue indispensable. Ils se voyaient de plus en plus souvent, se confiant l’un à l’autre. Godric ne s’était jamais senti aussi libre et honnête avec qui que ce soit. Avec elle, il pouvait être lui-même, penser et dire ce qu’il voulait.

Voyant qu’elle l’appréciait aussi, il prit son courage à deux mains et se décida à lui révéler sa véritable identité.

Un jour, alors qu’il la savait gardant son troupeau sur la fameuse colline de Blencathra, il la rejoignit comme à son accoutumée.

Dès qu’elle le vit, le visage de la jeune femme s’illumina. Elle accourut vers lui avec son enthousiasme habituel.

Mais quelque chose avait changé. Godric ne portait plus ses habituels habits rapiécés. Il portait de beaux vêtements en parfait état, confectionnés avec de belles étoffes. Il était très élégant, Helvellyn avait rarement vu d’hommes aussi bien apprêtés. Elle s’arrêta à quelques mètres devant lui.

« Godric ? Que se passe-t-il ? » demanda-t-elle enfin.

Le jeune homme avait les joues légèrement rouges, il semblait particulièrement ému.

Au bout d’un instant qui parut durer une éternité, il s’avança vers elle. Sans un mot, il prit sa main dans les siennes. Helvellyn en fut très troublée.

Il lui confia alors la vérité sur son identité et la jeune femme l’écouta sans l’interrompre.

Quand il eut fini, elle resta quelques instants sans réaction, l’observant en silence de son regard intense. Elle n’avait toujours pas prononcé un mot mais les larmes lui montaient aux yeux.

Godric décida alors qu’il devait aller jusqu’au bout.

« Helvellyn, je souhaite passer le reste de ma vie à tes côtés. Je t’en prie, accepte de devenir ma femme. »

Il eut à peine le temps de finir sa phrase qu’elle retira violement sa main d’entre les siennes. De toute évidence, elle avait du mal à contenir son émotion. Elle était sous le choc.

« Helvellyn, je t’en prie… » murmura Godric en s’approchant. Mais elle eut un mouvement de recul. Elle le regardait comme s’il était un parfait étranger. « Comment avait-il pu lui mentir, se moquer d’elle, pendant tout ce temps ? » se disait-elle.

Son regard exprimait la douleur, la cruelle déception face à cette trahison. Godric en fut profondément blessé car, malgré son déguisement d’homme simple, il lui avait confiée tant de choses, en toute honnêteté. Il ne chercha donc pas à s’expliquer davantage. Il fit demi-tour, la mort dans l’âme. Helvellyn vit bien qu’elle lui avait fait du mal, c’était bien involontaire de sa part. Un instant, elle voulut le retenir mais aucun son ne sortit de sa bouche, et elle resta là, seule sur la colline. Des flots de larmes coulèrent sur ses joues, sans aucune retenue.

 

Les semaines passèrent. Au village, tout le monde s’inquiétait pour Helvellyn qui avait perdu sa joie de vivre. Elle ne racontait plus l’histoire de Blencathra, ne jouait plus avec les enfants, ne s’arrêtait plus pour discuter avec les passants. Finalement, elle ne vint même plus au village, se contentant de sortir de sa bergerie seulement pour s’occuper des brebis.

Plusieurs villageois se rendirent alors jusqu’à chez elle pour s’enquérir de son état. Quand elle leur ouvrit la porte, elle fut frappée par l’expression sur leur visage. Ils étaient visiblement très inquiets. Elle posa son regard sur la vieille boulangère, la même qui l’avait tant aidée quand elle était au chevet de Blencathra. Elle avait les traits tirés, l’inquiétude se lisait dans son regard mais aussi le soulagement. Helvellyn réalisa que cette pauvre dame avait craint le pire à son sujet. Elle s’en voulut de l’avoir tant inquiétée. Il était temps pour elle de se reprendre.

Le lendemain, elle retourna sur la place pour raconter de nouveau son histoire, et rire avec les enfants. Elle se forçait un peu mais elle le devait. Finalement, ses rires et son enthousiasme se firent plus spontanés. Elle se sentait bien mieux.

Après réflexion, elle se dit enfin qu’elle devait essayer d’arranger les choses avec Godric.

L’expression sur son visage quand elle l’avait repoussé la hantait toujours. Elle se rendit donc au manoir.

 

Quand elle frappa à la grande porte en bois, un serviteur très âgé lui ouvrit. Elle le connaissait de vue, pour l’avoir souvent croisé au village.

– Puis-je voir Godric, je vous prie ?  demanda-t-elle poliment.

– « Seigneur » Godric est occupé, affirma-t-il en s’offusquant du ton familier de la jeune femme.

Helvellyn réalisa qu’elle ne s’était pas encore complètement faite à l’idée que Godric dirigeait tout le domaine. Ils faisaient vraiment partie de deux mondes bien différents. Elle rougit légèrement de s’être faite ainsi réprimander, mais ne se découragea pas.

– C’est très important, je vous en prie, je dois lui parler.

Devant le ton implorant de la jeune femme, le vieil homme s’adoucit. Il soupira et la laissa donc entrer.

– Je vais voir ce que je peux faire. Mais ne le dérangez pas trop longtemps surtout ! ordonna-t-il.

– Je vous le promets, répondit-elle, reconnaissante.

– Qui dois-je annoncer ? demanda-t-il plus par habitude qu’autre chose car il connaissait déjà la réponse.

– Hel… Helvellyn, hésita-t-elle.

La jeune femme n’était vraiment pas à l’aise avec l’étiquette en vigueur chez les nobles. Face au vieux serviteur, elle se sentait de nouveau comme une enfant.

Heureusement, elle n’eut pas longtemps à attendre. Elle entendit des pas rapides dévaler des escaliers et Godric apparut alors dans l’entrée, les joues légèrement rosées.

Ils s’observèrent un instant, n’osant faire le premier pas. Toutes les bonnes résolutions qu’Helvellyn avait prises en chemin semblaient s’être envolées. Elle ne savait plus quoi dire.

Finalement, c’est Godric qui brisa la glace.

« Je te prie de me pardonner… » commença-t-il d’une voix qu’il espérait sûre et claire.

Le voir, l’entendre enfin après plusieurs semaines de silence bouleversa la jeune femme qui s’en voulut de ne pas être venu plutôt. Elle lui devait aussi des excuses.

« Moi aussi… J’ai très mal réagi, et j’en suis désolée. » finit-elle par lâcher.

Godric ne put réprimer un léger sourire mais Helvellyn continua, elle devait aller jusqu’au bout :

« Je crois comprendre maintenant pourquoi tu ne m’as pas dit que… Enfin, qui tu étais. »

Elle respira profondément et reprit : « Je suis contente d’avoir pu te connaitre. »

Elle souriait mais ses yeux étaient larmoyants, ce qui n’échappa pas à Godric dont le sourire s’effaça.

Finalement, n’en pouvant plus de retenir ses larmes, Helvellyn fit demi-tour, et se dirigea vers la porte d’un pas précipité. Elle s’arrêta à quelques mètres de celle-ci et fit volte-face. Malgré tout ce qu’elle pouvait éprouver pour lui à cet instant, elle devait lui faire ses adieux. Elle n’avait aucune place dans son monde. Elle fit alors une légère révérence en baissant la tête. « Adieu Mon Seigneur. » lui dit-elle sans lever les yeux. Et elle s’en fut, laissant le pauvre Godric seul. Mais cette fois-ci, c’en était trop. Pour la première fois de sa vie, il devait faire passer ses responsabilités vis-à-vis du domaine en second plan. Il sortit à son tour et la poursuivit.

Dès qu’elle avait franchi la porte, Helvellyn avait laissé ses larmes se répandre sur ses joues rouges. Elle pressait le pas en espérant que personne ne la voit dans cet état.

Quand Godric la rattrapa, elle le dévisagea, à la fois surprise et incrédule, mais quand il l’embrassa, elle ne le repoussa point.

 

A quelques mètres de là, Elena, qui s’était rendue au manoir pour une énième visite, observait la scène. Sans un mot, elle fit demi-tour. La rage et la haine déformaient son si beau visage. Pourtant, quand Godric lui annonça la rupture de leurs fiançailles, elle lui offrit sa bénédiction et tous ses vœux de bonheur dans le plus charmant des sourires.

 

Le mariage fut annoncé pour le mois suivant. Helvellyn et Godric étaient au comble du bonheur, et tout le domaine avec eux.

Il avait été décidé que leur union aurait lieu au village si cher à la future mariée. Aussi, Helvellyn put rester une dernière journée dans la bergerie qui l’avait vue grandir. C’est là qu’elle avait décidé de se préparer avec l’aide de plusieurs femmes du village. Malgré le statut de Godric, le mariage resterait simple. Elle n’avait donc pas besoin d’accessoires extravagants. Son vieux médaillon lui suffisait amplement. Son futur époux le savait, alors quelle ne fut pas sa surprise quand il lui fit remettre un beau diadème en argent serti de pierres précieuses. Helvellyn n’avait jamais vu la jeune femme brune qui lui apporta mais aucune des autres femmes ne fit la moindre remarque à son sujet alors elle ne s’en inquiéta pas.

En fait, les femmes n’avaient d’yeux que pour le magnifique objet, beaucoup trop outrancier au goût de la future mariée. Néanmoins, elle voulait faire plaisir à son fiancé aussi, elle accepta de le porter.

Ainsi apprêtée, la jeune femme quitta définitivement sa bergerie pour rejoindre la place du village où tous les habitants étaient réunis. Godric avait mis à sa disposition une très belle calèche décorée de branches et de fleurs.

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Quand elle arriva enfin sur le lieu de la cérémonie, son futur époux l’attendait près de l’autel dressé pour cette occasion. Godric était très élégant, et très fier. Il se tenait là, dans un bel uniforme, l’épée au fourreau. De part et d’autre de l’autel, des hommes vêtus selon le même code vestimentaire se tenaient là en silence. Helvellyn en fut très impressionnée. Elle n’avait encore pas eu le temps de s’imaginer son fiancé en meneur d’hommes.

Quand Godric la vit, il en fut très ému. Malgré la simplicité de sa robe, elle était radieuse. Son regard fut néanmoins très vite attiré par le diadème qui ne passait pas inaperçu.

Helvellyn sourit de plus belle à l’idée de porter le cadeau qu’il lui avait offert.

Arrivée à ses côtés, elle ne put s’empêcher de le remercier discrètement. Godric ne comprenant pas demanda des explications.

«  Pour le diadème. » se contenta-t-elle de répondre en souriant.

Le jeune homme était de plus en plus perplexe.

– Il ne vient pas moi… souffla-t-il.

– Comment ? demanda Helvellyn, surprise. Mais la jeune femme…

– Quelle… commença-t-il visiblement inquiet.

Il n’eut pas le temps de finir sa phrase. Une puissante voix sombre mais féminine s’élevait au-dessus d’eux.

La jeune femme aux cheveux noirs qui avait livré le diadème apparut alors au milieu de la foule qui recula d’un seul mouvement. Elena.

Avec un sourire dément, elle lançait sa vengeance, sa malédiction, dans une terrible incantation.

La surprise passée, Godric et plusieurs de ses hommes s’élancèrent vers elle alors que les villageois s’écartaient, mais elle les projeta dans les airs d’une seule main, sans même les avoir touché.

Des rumeurs disaient que la grand-mère d’Elena avait été une puissante sorcière, mais tout le monde pensait que sa magie avait disparu avec elle. Ils avaient tort. La jeune femme avait hérité des « dons » de son aïeule et les avait bien cachés, tout en les cultivant. Il était temps pour elle d’en faire usage contre ceux qui l’avaient blessée.

 

Godric se releva, et appela ses hommes au rassemblement. Heureusement, il n’y avait pas de blessé. Les épées sortirent de leur fourreau. Les villageois commençaient à prendre la fuite.

Helvellyn observait la scène horrifiée et incrédule. « Pourquoi cette femme leur voulait-elle du mal ? » se demanda-t-elle. Mais après la première attaque, elle réalisa qu’il n’était plus temps de se poser des questions. Craignant pour la vie de son fiancé et de tout le village, elle saisit son médaillon afin d’invoquer Blencathra.

« Blencathra, Blencathra,… » Elle n’eut pas le temps l’appeler une troisième fois. Les branches du diadème se mirent à s’enfoncer dans son crâne provoquant une terrible douleur. Sa vue se troubla et elle s’écroula.

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 (Note : les photo de Serah sont juste là pour illustrer le texte dans la mesure où je n'ai pas de poupée "Helvellyn".)

Elena éclata de rire tandis que les hommes armés s’approchaient dangereusement d’elle.

D’instinct, Godric se retourna vers Helvellyn et la vit à terre. Il accourut à ses côtés pour essayer de la réveiller. Il posa les yeux sur le diadème maudit, et le retira violemment, l’envoyant à plusieurs mètres. Malheureusement, le mal était déjà fait et Helvellyn restait inconsciente.

« ELLE EST MORTE, TA BERGÈRE ! hurla alors Elena. Et ce n’est pas fini ! »

« Tuez-là ! » ordonna Godric au comble de la rage. Il serrait le corps de la pauvre Helvellyn dans ses bras sans pouvoir se résoudre à la lâcher.

Elena lança une nouvelle incantation alors que les hommes de Godric cherchaient un moyen de l’approcher sans qu’elle ne puisse les repousser de sa magie.

En dernier recours, l’un d’entre eux tenta de lancer son épée sur elle. La magie dévia légèrement la lame mais elle la blessa à l’épaule. Ivre de rage, d’un geste, Elena renvoya violement l’épée vers son propriétaire qui ne put l’éviter. Il s’effondra mort.

Les autres allaient utiliser la même tactique quand la terre se mit alors à trembler dans un bruit sourd. De toute part s’élevaient de monstrueuses ronces, poussant instantanément, atteignant plusieurs mètres. Tous les villageois prirent la fuite, abandonnant leurs maisons qui s’effondraient sous la pression des plantes. Les hommes de Godric n’eurent d’autre choix que d’abandonner Elena et de se défendre contre les ronces qui les attaquaient. Ils avaient beau les trancher, il en repoussait toujours plus. Très vite, ils furent tous immobilisés par les branches aussi larges que des troncs. Les épines, telles des poignards, se plantaient dans leur chair.

Godric abandonna le corps d’Helvellyn pour saisir son épée et s’élançait de nouveau sur Elena afin de l’arrêter une bonne fois pour toute. Mais les ronces, comme douées de conscience, protégèrent leur maitresse. Le jeune homme se battit vaillamment, se frayant un chemin à coups de lame. Sa belle tenue était en lambeaux mais Elena se rapprochait. Aveuglé par la colère et le chagrin, il ne voyait plus qu’elle. Elle n’avait plus rien de la belle jeune femme qu’elle était. Elle était devenue un monstre qu’il devait détruire, pour Helvellyn, pour le village, pour tout le domaine.

Malheureusement, il ne vit pas arriver la branche qui le frappa de plein fouet, transperçant son corps déjà meurtri. Il fut projeté sur plusieurs mètres. Grièvement blessé, il ne put que ramper jusqu’à Helvellyn. Arrivée à sa hauteur, et malgré la douleur, il sourit. Elle était si jolie. Il caressa sa joue, elle était encore chaude. Il posa alors le regard sur le médaillon qu’elle tenait encore fermement dans ses mains. Il brillait d’une étrange lueur. Etait-il en train de la garder en vie ? Godric se souvint de ce que sa fiancée lui avait dit à son sujet et de la chasseuse de démons.

« BLENCATHRA ! hurla-t-il, au comble du désespoir, BLENCATHRA ! BLENCATHRA ! »

Malheureusement, c’était à Helvellyn que l’inconnue avait confié la précieuse pierre et seule Helvellyn pouvait l’utiliser.

Réalisant qu’aucun miracle ne se produirait, il reposa le médaillon sur la poitrine de sa fiancée et ferma les yeux pour ne plus jamais les ouvrir.

 

Sa vengeance accomplie, Elena se tut pour observer son œuvre. Elle était épuisée. L’effort demandé par sa magie avait décoloré ses cheveux devenus gris et blancs mais elle n’en avait cure. Sa vengeance, sa malédiction était accomplie.

Le village et tout le domaine de Godric étaient désormais dominés par ses ronces maudites. Elle s’avança alors vers le couple. Les branches s’écartèrent sur son passage.

Dans son dernier effort, le jeune homme avait saisi la main de sa fiancée pour ne plus la lâcher. Elena observa la scène avec mépris. Il était hors de question de les laisser ainsi, ensemble à jamais.

D’un geste de la main, elle ordonna aux ronces de soulever le corps sans vie de Godric, le séparant ainsi d’Helvellyn. Elena s’approcha alors pour poser ses lèvres contre les siennes en murmurant quelques mots incompréhensibles. Grâce à ce baiser, elle permettait ainsi à Godric de rester à jamais celui qu’il était. Son corps ne souffrirait ainsi aucun dégât lié au temps et à la mort. Il resterait l’homme qu’elle avait tant désiré.

Enfin, elle fit déposer son corps sur la plus haute colline du domaine, au cœur d’un cercueil de verre richement orné. Un dernier geste, presque généreux.

 

Au village, les derniers habitants à ne pas avoir fui avaient attendu qu’Elena emmène le corps de Godric pour rejoindre Helvellyn. Ils furent surpris de la voir si sereine. Elle paraissait comme endormie.

Quand ils la soulevèrent, ils découvrirent avec joie que son corps était encore chaud. Pourtant, elle ne semblait plus respirer. Le médaillon autour de son cou brillait toujours.

Tant bien que mal, ils la transportèrent jusqu’à chez elle. La petite bergerie avait été partiellement détruite par les ronces. Les brebis avaient fui. Pourtant, la partie où vivait Helvellyn était encore en état. Ils l’allongèrent alors sur son lit. Ils veillèrent sur elle de longues semaines sans qu’il n’y ait le moindre changement. Avec le temps, il devint de plus en plus difficile d’accéder à la bergerie tant les ronces devenaient épaisses et denses. Finalement, à contre cœur, ils quittèrent le domaine un à un. Laissant la pauvre Helvellyn seule, endormie au milieu des ronces.

 

A suivre...

 

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29 mai 2017

Blencathra, partie 1

      Voilà quelques mois, je vous parlais d'un conte que j'avais écrit racontant les origines du nom de "Blencathra". Vous pouviez jusqu'à présent le lire gratuitement sur Amazon Kindle, Kobo, Lulu ou encore Wattpad. Néanmoins, avec le recul, je trouve dommage de ne pas le publier ici. Il est vrai qu'avec la popularité des réseaux sociaux, nos bons vieux blogs ne sont plus trop à la mode, néanmoins j'y reste très attachée. Aussi, je vais donc publier ce conte ici, coupé en 3 parties car je ne veux pas vous abrutir de mots. Mais ne vous inquiétez pas, elles seront très vite publiées. 

 

Ce conte est le 1er d'une petite série car il y certains personnages un peu en retrait que j'aimerais approfondir. Lunamiel, Lilith ou encore Yuuki ont souvent été sur le devant de la scène dans mes histoires, il est temps de parler un peu des autres!

Donc dans ma lancée, j'ai écrit une autre histoire courte sur les premiers pas sur Terre de Serah, qui sera publiée également ici plus tard, entre deux séances photo. Là encore, on y retrouve certaines références à un conte célèbre.

Actuellement, je travaille sur une 3ème histoire, concernant l'enfance de Cherry cette fois, mais je dois avouer qu'elle me donne un peu de fils à retordre. Je ne suis pas encore assez satisfaite du résultat pour la publier. 

J'aimerais bien écrire sur le passé d'Emrys également, mais quand j'en aurais fini avec Cherry. J'ai du mal à me concentrer sur plusieurs textes en même temps. ^_^

Quoiqu'il en soit j'espère que ces petites histoires vous plairont. ♥

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     Il était une fois une jolie petite fille répondant au nom d’Helvellyn. Elle était blonde comme les blés, avait de grands yeux bleus et le teint halé par ses journées passées en plein air.

En effet, l’enfant occupait son temps à veiller sur les trois brebis qu’elle avait héritées de ses parents. Elle les amenait paître tous les jours sur les hautes collines qui surplombaient sa petite bergerie.

Chaque colline avait un nom bien sûr, elles faisaient partie intégrante de la vie des gens aux alentours. Il y avait Skiddaw, Catbells, Scafell Pike ou encore Blencathra, pour les plus imposantes. La colline Chesnut, plus modeste, était connue pour son site druidique composé de pierres levées disposées en cercle. Nul ne savait qui les avait mises là, mais elles étaient déjà très anciennes.

Toute la région était couverte de verdures et de forêts immenses où vivait une faune riche et variée. De nombreux ruisseaux dont la taille dépendait des différentes crues arrosaient cette nature si vivante. Sur le flanc des collines, les pâturages étaient délimités par des murets de pierres sombres construits par les ancêtres des bergers des alentours.

Enfin, aux pieds de ces reliefs verdoyants, s’étendait le lac Derwent, long de plusieurs kilomètres. Ses eaux étaient claires et pures, elles reflétaient tel un miroir les hautes collines, le ciel et les arbres. C’était sur ses abords que s’était formé un joli petit village où il faisait bon vivre.

Les habitants vivaient paisiblement, en parfaite harmonie avec la Nature. Elle leur offrait absolument tout ce qui leur était nécessaire. Les verts pâturages pour les troupeaux, les rivières pour l’eau bien sûr, mais aussi les poissons en abondance, une terre fertile pour les cultures.

 

Un jour, alors que Helvellyn veillait sur son petit troupeau sur les flancs de la colline Blencathra, un violent coup de tonnerre éclata. La petite fille fit un bond et observa le ciel, inquiète. Hors, il n’y avait aucun nuage. La journée était magnifique. Toutefois, par sécurité, elle rassembla ses brebis. Un autre coup de tonnerre se fit entendre. La terre se mit alors trembler sous ses pieds. Elle était terrifiée.

Il y eut alors un puissant craquement et de gros rochers se détachèrent du sommet de la colline. Heureusement, ils déboulèrent bien plus loin et Helvellyn était hors de danger.

Alors qu’elle observait la scène pétrifiée, l’enfant crut apercevoir une forme humaine drapée de rouge au milieu de la poussière provoquée par l’éboulement. La silhouette semblait recroquevillée là où quelques instants plus tôt s’élevait le sommet. Désormais, il ne restait plus qu’une arrête à l’apparence coupante et irrégulière.

Tout à coup, l’inconnu fut rejoint par trois ou quatre autres formes qui n’avaient rien d’humaines. Malgré la distance, elles semblaient immenses, la peau grise. Helvellyn avait du mal à les différencier de la roche à laquelle elles s’agrippaient, prêtes à bondir sur leur proie.

Elles s’élancèrent en même temps. Ce fut très rapide. L’inconnu en rouge se redressa au dernier moment et les créatures grises furent violemment repoussées avant même de l’avoir atteint. Du sang jaillit de leurs corps qui semblaient se disloquer. Elles s’écrasèrent en contrebas. Et le silence s’abattit de nouveau sur la colline. C’était fini.

Helvellyn était horrifiée par ce qu’elle venait de voir. Elle releva la tête vers la silhouette mystérieuse mais elle la voyait à peine à présent. Visiblement, elle s’était écroulée.

Au bout d’un moment, la petite fille reprit ses esprits et s’en fut à toutes jambes jusqu’au village pour raconter ce dont elle venait d’être témoin.

Cela aurait été l’histoire d’une autre enfant, les villageois auraient été méfiants, mais Helvellyn avait toujours été honnête, et elle était visiblement terrorisée. Néanmoins, elle demanda de l’aide pour la personne qui avait affronté les « monstres ». Elle était bien trop jeune pour grimper toute seule sur Blencathra désormais instable.

Un groupe de villageois l’accompagna donc. Elle rejoignit ses brebis pendant qu’ils se dirigeaient vers le sommet brisé de la colline si accessible le matin même. Ils n’en revenaient pas de voir ce paysage dévasté. Certains firent même demi-tour croyant avoir affaire à l’œuvre du Diable.

En chemin, ils tombèrent sur les cadavres des créatures. Elles étaient en morceaux, littéralement. Néanmoins, cela n’enlevait rien à leur terrifiante apparence. Elles n’avaient vraiment rien d’humains. Leurs mains disposaient de puissantes griffes, et certaines avaient des crocs énormes, d’autres des cornes noires semblables à celles des boucs.

Devant ce spectacle, d’autres villageois s’enfuirent, ne voulant pas découvrir celui qui avait ainsi combattu, et vaincu, ces ignobles « démons ». « Cela ne pouvait être qu’un autre démon bien plus terrible encore. » se disaient-ils, terrifiés.

A la fin, seuls deux hommes atteignirent le sommet. Pour eux, il était inconcevable de laisser celui qui les avaient sauvés de ces terribles créatures, probablement blessé, affronter une mort certaine. « Non, cet homme n’était pas un démon ou le Diable en personne. Cet homme était un héros, un chasseur de démons. » pensaient-ils. « Des chansons devaient chanter ses louanges. » Peut-être en feraient-ils partie ? Ragaillardis par ces idées, les villageois trouvèrent l’endroit où le héros était tombé.

A leur grande surprise, ce n’était pas un puissant guerrier qu’ils découvrirent mais une jeune femme. Ce qu’Helvellyn avait pris pour une cape n’était autre que sa belle chevelure rouge sombre.

L’inconnue était inconsciente mais elle respirait encore. Elle avait de multiples blessures, aux bras et au visage, seules parties de son corps à nues. Du sang s’écoulait de son front et de ses lèvres. Ses vêtements étaient fort étranges et lui donnaient un aspect plutôt effrayant. En effet, elle portait une sorte d’armure d’écailles noires, à l’apparence légère et fine, qui s’adaptait parfaitement à son corps de femme. Elle avait été faite pour elle. Néanmoins, malgré la violence du combat, l’armure était intacte et avait parfaitement protégé sa propriétaire.

Tant bien que mal, les villageois la portèrent et la firent descendre le long de la colline, non sans avoir risqué de se rompre le cou une bonne dizaine de fois.

Finalement, quand ils rejoignirent Helvellyn, il faisait nuit. Ils n’eurent d’autre choix que de conduire l’infortunée jusqu’à la plus proche maison, celle de la petite bergère.

 

Les jours qui suivirent, Helvellyn prit grand soin de l’inconnue. Les gens du village lui rendaient régulièrement visite, lui apportant ainsi des vivres et des baumes. Ils étaient également très curieux de voir cette femme qui avait vaincu à elle seule plusieurs démons. En fonction des histoires, il pouvait y en avoir trois, mais cela montait généralement jusqu’à dix !

– Comment va la fille de Blencathra ? demandaient les uns.

– J’y suis allé ce matin, répondit un autre, c’est la plus belle femme qu’on n’ait jamais vu.

– On dit qu’elle a tué les démons d’une seule main !

– Elle pourrait occire un dragon de l’autre, j’en suis sûre ! ajoutait une femme.

La « fille de Blencathra » était devenue le sujet principal des potins. Et chacun ne faisait qu’accroitre sa légende. Pourtant, elle ne s’était toujours pas réveillée.

 

Un mois passa. La femme du boulanger, une gentille dame toujours souriante, souvent espiègle, rendit alors visite à Helvellyn lui apportant du pain et quelques provisions.

– Comment va notre Blencathra ? demanda-t-elle.

– Toujours endormie, répondit tristement l’enfant. Il n’y a aucune amélioration.

– J’imagine que cela demande une énergie considérable pour abattre autant de démons comme elle l’a fait, répondit la boulangère en souriant. Elle doit se reposer.

Elle resta un moment pour tenir compagnie à Helvellyn qui ne sortait guère plus de sa maison afin de veiller sur l’inconnue. Elles papotèrent un moment de tout et de rien, pour le plus grand bonheur de la petite fille. Finalement, au bout de quelques heures la boulangère prit congé.

– Porte-toi bien mon enfant. Au revoir Dame Blencathra ! lança-t-elle en direction du lit où reposait la jeune femme en faisant une révérence volontairement exagérée.

Bien sûr, cette dernière ne répondit pas, mais cela eut pour mérite de faire rire Helvellyn. Toutes ces visites lui faisaient le plus grand bien. Les villageois étaient vraiment gentils et solidaires. Ils s’étaient toujours occupés d’elle. La boulangère s’éloigna alors et une voix rauque fit sursauter Helvellyn. « Qui appelle-t-elle « Blencathra » ? »

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Surprise, la petite fille se retourna vivement. La voix venait de l’inconnue. Elle avait les yeux grands ouverts, des yeux noirs dont on ne distinguait même pas la pupille. Elle observait l’enfant fixement, sans aucune expression.

– C’est… hésita Helvellyn, c’est vous, finit-elle par répondre timidement.

L’étrangère ne broncha pas. Elle tenta de se redresser mais la fillette accourut pour l’en empêcher.

– Ne bougez pas ! Vous devez vous reposer, lui dit-elle avec empressement.

La femme la repoussa violemment.

– Je me suis assez reposée, affirma-t-elle d’une voix ferme.

Elle tenta de bouger ses jambes mais ressentit des picotements. Ses membres semblaient endormis par l’inactivité.

– Depuis combien de temps suis-je ici ? demanda-t-elle avec humeur.

– Un mois, murmura Helvellyn, en se tenant à bonne distance cette fois.

Elle n’osait affronter le regard de l’inconnue et gardait la tête basse. Certaine dernière soupira.

– D’autres sont-ils venus ? demanda-t-elle.

L’enfant leva la tête sans comprendre.

– Des démons, il y en a eu d’autres ? insista l’inconnue avec impatience.

– N… Non, finit par répondre Helvellyn, intimidée par le ton de la jeune femme.

Elle réalisa seulement que pendant tout le temps où elle veillait sur cette mystérieuse étrangère, d’autres démons auraient pu venir, les attaquer, alors qu’elles étaient sans défense. Elle sentit ses jambes trembler, elle eut de la peine à rester debout.

L’inconnue soupira de nouveau. Elle sembla alors, pour la première fois, s’intéresser à l’endroit où elle se trouvait.

– Où sommes-nous ? demanda-t-elle.

– C’est ma maison, répondit Helvellyn d’une petite voix.

La jeune femme étudia la petite de la tête aux pieds.

– Et je suis arrivée ici comment ?

– Les gens du village… Ils vous ont portée.

– Et ils t’ont laissée seule ici ? Avec moi ?

Le ton de sa voix était méprisant, ce qui eut pour effet d’ébranler Helvellyn qui ne pouvait pas la laisser penser du mal des personnes qui s’étaient si bien occupées d’elles.

– Pas du tout ! Ils sont venus tous les jours ! Ils ont apporté de la nourriture, des couvertures et même les baumes qui ont soigné vos blessures ! Tout le village a veillé sur vous !

Les joues de la fillette avaient rougi sur le coup de l’émotion. Sa réaction avait surpris l’étrangère mais maintenant elle souriait. « Elle a du caractère cette petite finalement. » se dit-elle. Elle reposa alors sa tête sur l’oreiller et ferma les yeux un instant.

– Ils ont apporté quoi comme nourriture ? Je meurs de faim, finit-elle par avouer.

Helvellyn lui apporta un peu de pain de la boulangère avec de l’eau. Les gens du village avaient dit qu’elle devait manger léger à son réveil et surtout boire. Mais l’inconnue ne l’entendait pas de cette oreille, et la petite dût très vite lui fournir le reste du pain avec de la viande séchée et des pommes.

Enfin, quand la jeune femme eut avalé l’équivalent de son poids en nourriture, elle s’endormit de nouveau.

 

La nuit suivante, Helvellyn fut réveillée par un bruit de pas dans sa maison. Elle se leva promptement et jeta un regard vers le lit de l’inconnue. Il était vide. Elle entendit alors soupirer du côté de la porte. Dans l’obscurité, elle se tenait là, toute de noir vêtue dans son armure dont les écailles renvoyaient d’étranges reflets dans l’obscurité. Ses longs cheveux sombres entouraient son visage et son corps telle une cape, comme la première fois où l’avait aperçue Helvellyn.

– Vous partez ? demanda l’enfant.

La femme soupira comme elle en avait l’habitude. Ce n’était pas son genre de parler inutilement. La réponse était pourtant évidente, non ? Bien sûr qu’elle partait.

Néanmoins, après une brève réflexion, elle fit un pas vers la petite fille. Elle lui tendit la main fermée sur quelque chose. Une brève lumière rouge en jaillit. Quand elle l’ouvrit, elle tenait un médaillon constitué d’une pierre, un grenat serti, et pendu au bout d’une chaine en argent.

– Il ne sera pas dit que je suis une ingrate, dit-elle visiblement fière d’elle-même. Prends-le. Si tu as besoin de mon aide, prononce mon nom trois fois et je viendrais.

La fillette admira le médaillon sans oser y toucher, elle n’avait jamais rien vu d’aussi joli. Puis son expression changea.

– Je ne connais pas votre nom, murmura-t-elle alors, embarrassée.

L’inconnue la regarda stupéfaite et, finalement, éclata de rire.

– C’est vrai ! lança-t-elle.

Elle respira profondément en fixant l’enfant et, après un court instant, reprit :

– Alors dis-moi, pourquoi les villageois m’ont-ils surnommée « Blencathra » ?

Helvellyn fut surprise de la question mais répondit.

– A cause de la colline où on vous a trouvée, celle où vous vous êtes battue contre ces démons.

– « Blencathra »…, répéta alors l’inconnue, pensive. J’aime bien. Ça sonne bien. Je trouve que le mot dégage une certaine puissance !

Elle était visiblement ravie.

– Eh bien, « Blencathra » ça sera !

Elle prit la main d’Helvellyn et y déposa le médaillon.

– Prononce « Blencathra » trois fois en portant cette pierre si tu as besoin et je viendrais. Mais attention, ce n’est valable qu’une seule fois ! Tu pourras garder la pierre si tu veux après. Au revoir !

Et Blencathra s’en fut, laissant la fillette seule dans la bergerie.

 

A suivre...

 

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04 novembre 2012

L'héritage du démon, partie 2

Partie 1

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     Myrddin désertait de plus en plus souvent les murs de Camelot devant l’incompréhension d’Arthur qui avait besoin de lui plus que jamais. Morgana qui savait tout sur ce qui le retenait, ne voulut en souffler mot, de peur de déprécier son mentor. Aussi, essaya-t-elle de prendre sa place, du mieux qu’elle put, soignant les blessures, favorisant les victoires du Roi, prévenant les attentats et les traitrises… Ses sens de démon furent des plus utiles, et s’en trouvèrent de plus en plus affutés. Néanmoins, ils vivaient en une période troublée et les guerres se firent fréquentes, jusqu’à la bataille de Camlann…

Morgana eut beau lui déconseiller cette bataille, Arthur ne pouvait pas reculer. Prévenant la catastrophe à venir et en désespoir de cause, elle partit à la recherche de Myrddin, cela faisait des mois qu’elle ne l’avait plus vu…  Elle alla jusque dans la grotte mais ne le trouva point. Il était nulle part et l’ange non plus. Ils ne voulaient décidément pas être retrouvés. Elle se résolue donc à retourner auprès d’Arthur. Hélas, il était trop tard, les combats avaient commencé.

 

Sur le champ de bataille, elle se fraya tant bien que mal un chemin pour essayer de repérer le Roi parmi les hommes s’entretuant, repoussant les assauts comme elle pouvait. Elle n’avait jamais été aussi proche de la guerre, de tout ce sang, cette haine,... Elle en eut la nausée. Quand elle aperçut enfin Arthur, il était en train d’en découdre avec le chef ennemi, le traitre, ancien chevalier de Camelot. Elle avançait avec peine, les assauts des hommes poussés par le désespoir se firent plus violents. Elle n’était plus qu’à quelques mètres du Roi. Elle entendait le chant de l’ Épée qui, pour la première fois, sonnait comme un requiem pour son porteur, fatigué, à bout de force. Alors que Morgana arrivait enfin à leur hauteur, prête à lui prêter main forte, le traite frappa un coup fatal. Le visage d’Arthur se crispa sous la douleur mais dans un dernier sursaut de force, il le frappa mortellement à son tour. Ils s’écroulèrent tout deux. La bataille était finie.

Morgana s’élança auprès d’Arthur, à peine conscient, le sang ruisselant de la plaie béante. La jeune femme tenta le tout pour le tout pour soigner ses blessures trop nombreuses. A bout de force, au comble du désespoir, elle appela une dernière fois Myrddin, son cher mentor, encore et encore, hurlant son nom.

Enfin, comme dans un miracle, Myrddin apparut. La tristesse et le regret se lisaient dans son regard quand il se posa sur Morgana et Arthur, tous deux ensanglantés. Il s’était détourné de son chemin et venait de payer le prix fort… Arthur ouvrit alors un peu les yeux, il semblait heureux de voir le vieux druide une dernière fois, il ne semblait garder aucune rancune vis-à-vis de sa désertion. Et devant cette marque de miséricorde, Morgana lui pardonna aussi. C’est alors que, dans ses dernières forces, le Grand Roi rendit son épée, sa fidèle amie, à Myrddin et le remercia pour ce précieux cadeau. Tous deux avaient les larmes aux yeux. Dans le regard du druide, Morgana pu apercevoir une lueur de gratitude. Arthur ferma alors les yeux à jamais et devant sa dernière famille rendit l’âme. Myrddin serra alors l’Epée des Rois contre lui, posa les yeux sur Morgana une dernière fois et lui sourit, d’un sourire sincère qui voulait « merci » mais aussi « adieu », et il s’en fut. Il savait ce qu’il avait à faire.

 

Lilith restait seule au milieu de ce champ de bataille devenu silencieux désormais… L’odeur du sang et de la poussière était partout, néanmoins elle attendit… Et ce qu’elle attendait ne mit pas longtemps à arriver, l’ange Guide, chargé d’escorter l’âme Arthur dans l’autre monde, apparut finalement devant elle. Elle lui demanda humblement la permission de les accompagner jusqu’aux portes des Terres Célestes et devant la détresse du jeune démon, le Guide, touché, accepta.

Lilith laissa donc le corps du Roi au bon soin de son peuple, non sans avoir pris la peine de nettoyer ses blessures et de lui rendre l’apparence du grand roi qu’il fut. Ensuite, elle suivit le Guide jusqu’aux portes de ce monde, mais pas plus loin, elle avait, elle aussi, une dernière chose à faire. Elle fit donc promettre au Guide de prendre bien soin de cette âme si précieuse et s’en retourna.

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Elle se rendit jusqu’à la grotte où elle avait aperçu Myrddin et l’ange des années plus tôt, espérant pouvoir, sinon voir son mentor, au moins régler ses comptes avec cette Viviane, elle n’avait plus rien à perdre. Malheureusement, elle avait été devancée. Quand elle arriva dans la grotte, l’ange, qui avait repris sa véritable apparence n’était pas seule, Bélial était là. Visiblement, ils étaient déjà en plein combat et le démon, plus vieux que l’ange, semblait prendre le dessus. Quand ils ressentirent tous deux la présence de Lilith qui n’avait pas pris la peine de masquer sa présence, ils cessèrent leur combat.

Bélial fut le plus surpris de la voir ici, sa mission était restée secrète jusqu’au bout. Néanmoins, il se remit très vite. L’Épée. Où était l’Épée? Telle était la raison de sa présence sur Terre. De toute évidence, Gabriel n’en savait rien ou ne lui avait rien dit. Aussi il commença à s’avançer vers Lilith, menaçant. La jeune démone lui affirma ne rien savoir du lieu où se trouvait Excalibur, que seul Myrddin savait, ou était capable de la retrouver. Bélial entra dans une fureur noire, s’en détourna et attaqua de nouveau l’ange. C’est alors qu’une lueur étrange attira le regard de Lilith sur les parois du fond de la grotte. Elle s’approcha prudemment évitant d’attirer l’attention et examina la roche. Tout à coup elle fit un bond en arrière, ce n’était pas de la roche, mais de la glace et au cœur de celle-ci Myrddin, prisonnier.

Elle fit tout ce qu’elle put pour essayer de briser, ou faire fondre cette glace mais rien n’y fit. Elle ne put même pas l’ébrécher. Myrddin était pourtant là, juste devant elle, il semblait paisiblement endormi et inaccessible. Elle comprit la colère de Bélial quand elle dit que seul Myrddin pouvait trouver l’Épée. L’ange Gabriel, qui lui avait déjà pris son cœur, venait de lui enlever son corps et son âme, à jamais endormis.

Lilith fut touchée par un profond chagrin qui se transforma bien vite en haine envers Gabriel, chose qui lui était étrangère. L’énergie qu’elle libéra attira à nouveau l’attention sur elle. En larmes, folle de rage, elle questionna l’ange. Pourquoi? Il l’aimait déjà, il avait tout abandonné pour elle, alors pourquoi l’emprisonner ainsi? Pour toute réponse, Gabriel sourit tristement et répondit qu’il était le seul à pouvoir trouver l’Épée des Rois, l’épée capable de tuer le Mal en personne… Lilith ne comprit pas sur le moment mais plus tard, elle réalisa que Gabriel faisait probablement référence au Seigneur Lucifer qui lui-même fut un ange autrefois. Peut-être l’Épée a-t-elle toujours eu le pouvoir de détruire les démons, comme elle l’a elle-même ressentie quand elle l’a vue la première fois dans les mains de Myrddin, mais il se peut aussi qu’elle ait le pouvoir de détruire les plus puissants des anges, choses qu’ils ne pouvaient permettre. Le vieux druide fut donc sacrifié afin de garantir le bien de tous, anges et démons.

Lilith ne décoléra pas pour autant et attaqua alors Gabriel, sous les yeux de Bélial amusé. Néanmoins, Gabriel était toujours plus puissante qu’elle et prit vite le dessus. Elle allait frapper gravement Lilith quand soudainement Samaël apparut, retenant son coup. A sa suite apparurent six soldats de la garde personnel du Seigneur Lucifer. Samaël, d’une voix claire et sans appel annonça que le combat était fini pour aujourd’hui, laissant l’ange Gabriel, surprise et incrédule, partir sans encombre. Le reste ne concernait que les démons et elle avait confiance en son sort d’emprisonnement, personne ne pourrait atteindre Myrddin désormais, sa mission était accomplie.

Une fois l’ange disparut, Samaël, sans un regard pour sa fille qui se relevait avec peine, se tourna vers Belial et ordonna à la garde de le saisir. Il était accusé de haute trahison. Lilith apprendra bien plus tard, qu’il avait détourné des informations confidentielles au sujet de Myrddin et de l’Épée, les cachant aux autorités afin de s’en servir à son propre compte. En outre, il était soupçonné de vouloir utiliser l’Épée pour organiser un coup d’état et détrôner le Seigneur Lucifer.

Belial fut donc amené en Infernos pour y être jugé et condamné à l’enchainement dans une des sombres geôles « privées » du palais de Lucifer. Bélial étant l’un des anges déchus en même temps que Lucifer et Samaël, leurs lois leurs interdisaient de le condamner à mort, les démons dit « supérieurs » n’étant déjà pas très nombreux.

De son côté, Lilith dût elle aussi rentrer en Infernos. Elle quitta lentement la grotte où sommeillait Myrddin, retenant ses larmes, son père ne les aurait pas acceptées. Quand elle eut franchi le seuil, elle jeta un dernier regard vers celui qui avait été son mentor et son ami pendant tant d’années… C’est alors que Samaël donna l’ordre. Des démons qui étaient jusque-là en retrait apparurent. Lilith eu l’ordre de reculer et ils déclenchèrent leur sort. La terre trembla, les rochers tombèrent et la grotte fut scellée. Myrddin et l’Épée des Rois étaient hors de portée à jamais…

Toutefois, malgré toutes leurs précautions, une chose échappa aux anges comme aux démons, un secret que Myrddin avait seulement partagé avec une personne de confiance, qui avait si longtemps partagé sa vie.

Un jour où Morgana s’interrogeait naïvement sur les sentiments humains, le druide lui parla de Nimue, son premier amour. Il l’avait rencontrée quelques années seulement après avoir quitté le foyer de sa mère et l’avait épousée. C’était la fille d’un chef de clan druide. Malheureusement, sa réputation commençait à se propager et certains hommes puissants peu scrupuleux, avides de ses pouvoirs avaient tenté de faire pression sur lui et sa famille. Alors, il avait quitté sa femme, non sans un profond chagrin la laissant sous la protection de son peuple. Lors de son départ, il savait Nimue enceinte de plusieurs mois déjà, une petite fille, mais il partit et elle ne le retint pas. Elle savait qu’il avait à faire dans le monde et que sa fille serait plus en sécurité comme cela.

Lilith ne parla de Nimue ou de l’enfant à personne, de peur que l’enfant ait héritée des pouvoirs de son père et qu’elle finisse comme lui, voire pire. Elle se contenta de veiller sur elles de loin, quand ses missions sur Terre le lui permettaient. Ainsi, elle assista à la dissolution du sang du démon, source du pouvoir de Myrddin, de génération en génération, jusqu’à qu’il ne resta dans cette descendance que de l’humain. Alors elle espaça ses visites et les laissèrent vivre leur vie.

Myrddin et l’Épée des Rois ne devinrent plus que légende.

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     Des siècles plus tard, dans les années 1990, une voiture roule à vive allure sur une route d’Écosse, en direction d’Édimbourg. A son bord, un couple et une petite fille d’à peine trois ans. L’homme conduit pendant que sa femme jette des coups d’œil nerveux à l’arrière. Ils sont poursuivis. Par quoi? Il l’ignore, mais ce n’est pas humain, trop rapide, trop fort. Ce qu’il veut? Ils n’en savent absolument rien. La femme se tourne à nouveau, sa fille dort paisiblement dans son siège, elle réajuste sa couverture instinctivement, il fait un peu frais en ce mois d’octobre.

Tout d’un coup, son mari freine brusquement, la voiture met quelques secondes à s’immobiliser sur la route humide. Devant eux, la créature se tient là, ses yeux rouges flamboyants ressortent dans l’obscurité. Dans un geste de désespoir, l’homme tente d'accélèrer et de le renverser, mais il n’a pas le temps, le démon est déjà sur eux et arrache la portière du conducteur. Il agrippe l’homme sous les yeux horrifiés de sa femme et le projette hors de la voiture. Face à la force de la créature, l’homme n’est qu’une poupée entre ses mains qui va se fracasser contre les rochers sur le bas-côté de la route. La femme a cessé de crier mais l’enfant pleure. La mère cherche à atteindre son enfant pour tenter de s’enfuir, mais c’est trop tard. Le démon est déjà de son côté.

Lentement, sadiquement, il la fait sortir de la voiture. La maintenant pas la gorge, il approche son visage du sien et respire son parfum à plein poumon, tel un prédateur sur sa proie… Il avait toujours été un chasseur. Alors qu’il recule son visage, il semble pleinement satisfait, il l’a trouvé ce qu’il cherchait… Son sang, sa descendance, sa vengeance. Pendant plus de quinze siècles, il avait été enfermé, enchainé, tel un chien pour le plaisir de son maitre et seigneur, aujourd’hui, était arrivé le temps de la vengeance, grâce à son sang, ses descendants et une relique du passé depuis longtemps oubliée… Une relique capable de détruire le Mal en personne… Le sang de démon ne disparait jamais totalement, tout comme sa puissance. Patiemment, il les avait cherchés, puis traqués… ceux qui le guideraient jusqu’à l’Épée!

Alors qu’il relâchait prise, sa quête prenant fin, ses mains se crispèrent. La femme vit son visage se tordre de douleur et de surprise. Elle baissa les yeux, une épée avait transpercé le démon de part en part. Bélial tourna la tête lentement, toujours maintenant la femme par le cou. Il regarda son agresseur, une petite ombre encapuchonnée, portant un masque des plus menaçants. Dans cette ombre sans forme, seuls des yeux rouges rougeoyants ressortaient. « Toi… » Murmura Bélial à l’agonie. Ses jambes commençaient à faillir mais alors qu’il s’écroulait et sans que quiconque ne puisse agir, il resserra sa prise sur le cou de la femme qui se brisa dans un bruit sourd. Elle s’écroula à son tour, sans vie.

Six démons apparurent alors face à l’ombre et se saisirent du corps du démon agonisant. Voilà, plusieurs années qu’il s’était enfuit de sa geôle, pourtant au cœur même du Pandémonium et ils ignoraient comment il avait pu s’échapper tout seul aussi puissant était-il, mais ça ne se reproduirait plus. Enfin, encore fallait-il qu’il survive, peu de personne survivait à la lame de Guruthys…

Quand les gardes furent partis, tout était silencieux autour de Lilith. Sa mission était accomplie, elle retira son masque. Elle regarda les corps du couple avec regret… Soudain, un bruit attira son attention dans le véhicule. Elle s’approcha et vit à l’arrière la petite fille terrorisée. Lilith ouvrit la portière et doucement, elle tenta de la rassurer, en vain. L’enfant ne la laissa même pas s’approcher sans hurler et se débattre. Lilith ne voulait pas lui faire du mal et elle resta à bonne distance, l’empêchant néanmoins de sortir de la voiture et de voir les corps sans vie de ses parents. La petite était déjà au bord de la crise de nerfs, qui sait ce qu’elle avait vu exactement depuis son siège…

Au bout d’un moment, une voiture arriva enfin et ralentit au niveau de « l’accident », le démon se dissimula derrière un arbre observant la scène. La petite fut prise en charge et les secours arrivèrent très vite. Ils allaient prendre soin d’elle, Lilith s’en assura.

L’enfant allait vivre, Lucy, la dernière descendante de Myrddin…

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FIN.

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02 novembre 2012

L'héritage du démon, partie 1

      Il y a très longtemps, dans un monde où les croyances offraient encore une grande place aux dieux dits aujourd’hui « païens », un démon du nom de Bélial venait régulièrement sur Terre afin de profiter de ses « bienfaits ». Bélial était un démon très puissant, un des plus anciens et un des plus séducteurs aussi. Ses aventures étaient nombreuses et célèbres, autant en Infernos que sur Terre.  Quand il avait jeté son dévolu sur une femme, peut importait le moyen, il devait la séduire. Jamais il ne renonçait et plus la dame lui résistait, plus elle réveillait en lui son désir. Plus qu’un séducteur, Bélial était un chasseur…

 

Un jour, il croisa la route de sa nouvelle proie, une jeune femme se promenant dans une forêt en quête d’herbes et de baies sauvages. Elle était très belle, le genre de beauté sauvage et ingénue face à laquelle le démon ne put résister. C’était elle et nulle autre, il fallait qu’elle soit à lui.

Bélial prit donc l’apparence d’un gentilhomme riche et puissant et fit la cour à la jeune femme mais en le voyant s’approcher, elle prit la fuite! Il changea alors d’apparence et devint un preux chevalier couvert de gloire mais elle n’en fut pas plus impressionnée… Le démon commençait à perdre patience et son désir allait grandissant. Pour la première fois, il dût prendre le temps de bien connaitre la jeune femme qui malgré sa vie précaire n’était guère intéressée ni par l’argent, ni par la gloire. Alors, Bélial se fit humble vagabond demandant l’hospitalité.

La jeune femme, quoique de nature prudente ne s’enfuit pas et l’accueillit en son logis. Le démon avait fait un premier pas. Le plus dur avait été fait, il ne restait plus qu’à toucher son cœur. Il prit le temps, se montrant tour à tour reconnaissant et généreux, prolongeant son séjour tantôt à sa demande à lui, tantôt à elle… Et ce qui devait arriver arriva. Il la séduit et elle lui céda.

Le lendemain, il avait disparu à jamais. Elle en fut couverte de honte. Et son désespoir fut plus grand encore quand elle réalisa qu’elle était enceinte de l’inconnu. Elle alla immédiatement demander conseil à la Sage de son clan, car la jeune femme faisait partie d’un clan de druides depuis longtemps implanté dans la région. La Sage la reçut avec tendresse et compassion mais lui annonça qu’elle portait l’enfant du Démon. A cette nouvelle, la jeune femme défaillit. La Sage prit soin d’elle et s’enquit de demander conseil auprès des autres anciens du clan. Ils consultèrent les oracles, demandèrent aux étoiles et à la lune ce qu’ils devaient faire et la réponse fut on ne peut plus claire : « A la naissance de l’enfant, la jeune mère devra quitter le clan à jamais. D’elle seule dépendra le chemin de vie qu’il prendra car, les oracles et les astres étaient clairs, de lui dépendrait le destin de beaucoup. »

 

A terme, l’enfant vint au monde sans problème et fut nommé par les druides Myrddin Emrys. Une fois remise, la jeune femme quitta son clan pour s’isoler au loin dans la forêt afin élever son fils dans le culte de l’Ancienne Religion, celle pratiquée par son peuple.

De nature joviale et volontaire, l’enfant était très obéissant envers sa mère à laquelle il était très attaché. Il s’avéra extrêmement assidu et très doué dans les études. Elle lui apprit le pouvoir des herbes et des plantes, ainsi qu’à ressentir et respecter la nature. Il a appris à soigner et révéla des prédispositions naturelles pour voir l’avenir dès son plus jeune âge. L’enfant grandit et devint puissant. Il vint le temps où il dût quitter sa mère pour suivre sa route. Comme l’avait prédit les oracles, il eut le destin de beaucoup entre les mains, conseillant les plus puissants de ce monde.

 

Pendant ce temps, en Infernos, on avait eu vent des prouesses du demi-démon. Et si Bélial n’accordait que très peu d’intérêt à sa progéniture, il n’en n’était pas de même pour les autorités infernales, en particulier pour tout ce qui concernait Myrddin. Aussi, sous les ordres du Seigneur Lucifer et dans le plus grand secret, Samaël envoya un de ses démons pour le surveiller, et si besoin, prendre les dispositions nécessaires envers le puissant druide. Face au caractère confidentiel d’une telle mission, il lui fallait un démon de confiance, il envoya donc sa jeune fille qui avait besoin de faire ses preuves. Lilith fut donc envoyée sur Terre. C’était peut-être seulement son deuxième ou troisième voyage en Terre des hommes de sa vie, pas plus. Elle n’avait même pas encore été en réel contact avec les humains, elle les avait seulement observés de loin, très loin.

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Une fois arrivée à destination, elle prit l’apparence d’une femme de la cour où vivait actuellement Myrddin et se fit appeler Morgana. Le druide étant des plus accessibles, toujours présent pour son prochain, il fut très facile au démon de l’aborder. Lilith fut très troublé par l’homme qui se trouvait devant elle. En apparence beaucoup plus âgé, Myrddin avait pourtant gardé cette lueur espiègle qu’ont les enfants dans le regard. Il semblait s’émerveiller de tout et de rien alors qu’il avait déjà vécu de nombreuses années, son sang de démon lui permettant de vieillir plus lentement que le commun des mortels. La jeune Lilith, ou Morgana, n’eut donc pas à feindre son intérêt pour cet humain et Myrddin, touché, pris plaisir à converser avec elle. Petit à petit un vrai lien d’amitié se tissa entre eux au point que Morgana se permit de lui demander une grande faveur. La jeune femme prit son courage à deux mains et lui demanda de la prendre en tant qu’élève, de lui apprendre ce qu’il savait sur les bienfaits de Mère Nature et sur les secrets de l’Ancienne Religion, par exemple comment soigner son prochain. Tout d’abord surpris par cette proposition, Myrddin prit le temps de réfléchir, il n’avait jamais pensé à prendre un apprenti… Mais devant l’insistance de la jeune femme et ses prédispositions naturelles (comme tous les démons, Lilith avait un sixième sens très développé, ainsi que tous les autres sens d’ailleurs), il finit par accepter.

Ainsi, la jeune Morgana devint l’élève de Myrddin le druide, bientôt connu sous le nom de Merlin l’enchanteur…

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Quelques années plus tard, alors que Myrddin et Morgana se promenaient sur les abords d’un lac, en quête d’algues pour leurs préparations, le druide s’arrêta net, ses sens tous éveillés. Morgana sentait quelque chose aussi dans l’air, mais c’était à peine perceptible. A vrai dire, si Myrddin n’avait pas réagi, elle ne l’aurait probablement pas remarqué. Le druide s’avança alors dans le lac, il ne semblait pas gêné pas la froideur des eaux d’automne. Les arbres rougeoyants autour d’eux frémissaient… Quelques choses approchaient… Myrddin continua d’avancer, il semblait en transe, l’eau lui montait jusqu’à la poitrine. Morgana aurait voulu l’arrêter mais elle était tétanisée, incapable de bouger. Puis, tout à coup, le druide disparut, comme happé par les eaux profondes et sombres. C’est là que Morgana réagit, se jetant à son tour dans les eaux pour tenter de sauver son mentor. Alors qu’elle arrivait à quelques mètres d’où il avait disparu, il réapparut soudainement, comme projeté pas les eaux. Morgana fit un pas en arrière de surprise. Myrddin s’avança alors et rejoignit la rive, il tenait fermement une épée à sa main. Le démon n’en avait jamais vu de telle. Quand elle eut atteint la rive à son tour, Myrddin était redevenu lui-même et admirait l’arme qu’il tenait. C’était une très grande épée, forgée très finement, mais d’une solidité qui semblait à toute épreuve. Morgana ressentait la puissance de la lame, et même si le démon qu’elle était avait l’habitude de manier ce type d’arme, elle ne voulut pas s’en approcher. Tout son corps lui disait de s’en méfier. De toute évidence, cette épée n’avait rien d’humaine, elle venait de très loin, d’un âge révolu.

Myrddin l’a senti lui aussi. A-t-il vu son origine dans ses visions? Morgana n’aurait pas su le dire. En tout cas, il n’en souffla mot.

 

Lilith sut qu’à ce moment-là, elle aurait dû retourner en Infernos et faire son compte rendu à son père, laisser une telle arme entre les mains d’un humain était forcément une mauvaise idée… Peut-être aurait-elle dû assassiner son mentor et ramener l’épée… C’est probablement ce qu’il attendait d’elle mais elle ne put s’y résoudre… Elle voulait connaitre la suite, elle était fascinée par ce demi-démon tant décidé à faire le Bien. Elle voulait savoir ce qu’il allait faire de cette arme, probablement la plus puissante que l’Homme n’est jamais touché… Et, à sa grande surprise, il ne la conserva point.

A l’époque, Myrddin avait un protégé, un jeune roi en qui il avait vu de grandes et bonnes choses. Contre toute attente, c’est à lui, à ce Arthur Pendragon, que le druide offrit l'Épée, une épée capable de détruire le Mal en personne, selon ses propres mots. Morgana ne fut pas rassurée par ce présent. Autant elle avait confiance en Myrddin, autant elle se méfiait de cet humain, comme de tous les autres d’ailleurs. Ils étaient si facilement corruptibles… Peut-être aussi était-elle jalouse de l’intérêt que lui portait son mentor... Aussi, elle ne pouvait s’empêcher de se montrer distante et froide vis-à-vis d’Arthur, son titre ne l’impressionnant point. Néanmoins, elle essayait de rester courtoise envers ce jeune roi qu’elle trouvait arrogant et présomptueux. Il avait l’affection de son cher mentor et leurs séjours à Camelot, la citadelle d’Arthur, se faisaient des plus réguliers.

Avec le temps, elle dût admettre que Myrddin avait raison, grâce à l’Épée des Rois, surnommée plus tard Excalibur, Arthur pu repousser les hordes barbares qui menaçait son royaume et protégea son peuple. A contre cœur, elle dût admettre qu’il était un grand roi, et se promit de ne plus douter des décisions de Myrddin, peu importe ce que lui en disait son cœur, la jalousie n’étant jamais bonne conseillère.

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Les quelques années que le druide et son élève passèrent à Camelot furent finalement très heureuses, pour l’un comme pour l’autre. Lilith en oubliait sa mission, Myrddin était comme un père pour elle, elle l’admirait et l’aimait. C’était la première fois de sa vie qu’elle avait l’impression d’avoir une vraie famille. Elle commença même à voir clairement en Arthur ce que voyait Myrddin. Sous sa surface arrogante, c’était définitivement un grand roi qui aimait son royaume et son peuple, et elle commençait à avoir une certaine affection pour lui. Néanmoins, elle en n’oubliait pas les ordres de son véritable père, ni sa réaction s’il s’apercevait de sa désobéissance, elle n’avait jamais désobéi avant, elle ne l’avait jamais même contredit. Elle savait que tôt ou tard elle le paierait, mais elle préférait ne pas y penser, profitant de ce court bonheur avec Myrddin et, même si elle avait des problèmes à l’admettre, Arthur. 

Malheureusement, ce bonheur fut de courte durée...

 

A Caelestis, les anges, qui surveillaient aussi Myrddin, le demi-démon, de leur côté s’aperçurent qu’un vrai démon vivait à ses côtés et s’inquiétèrent de son influence sur le druide. Ils avaient pour habitudes de veiller sur les rares progénitures démoniaques qui tournaient souvent très mal ou devenaient de vrais espions aux services d’Infernos. Souvent pourvus de pouvoir, ils pouvaient se montrer extrêmement dangereux. A vrai dire, Myrddin était un des rares à avoir choisi la voie du Bien et les anges comptaient bien qu’il en reste ainsi. Aussi, ils envoyèrent eux aussi l’un d’entre eux auprès de Myrddin. Ils envoyèrent un Grand Mage du nom de Gabriel, un ange féminin d’une grande beauté et d’une profonde sagesse, capable de maitriser les eaux. Arrivée sur Terre, elle prit l’apparence d’une fée magnifique et se fit appeler « Viviane ».

Quand Myrddin la rencontra, elle se promenait au bord du lac d’où il avait extrait l’Épée, des années plus tôt. Dès qu’il croisa son regard, il en fut subjugué. Lui, d’habitude si sage et si réfléchi, devint obsédé par la jeune femme qu’il venait de rencontrer.

Il commença à s’absenter de Camelot, seul, laissant Morgana au château. Il partait sans explication des jours et des jours et quand il revenait, son esprit n’était pas vraiment là, pensant toujours à sa Dame. Morgana sentit qu’il y avait quelque chose de suspect là-dessous et un jour, elle suivit son mentor lors d’une de ses escapades. Elle se tint à bonne distance et utilisa tous ses talents de démons et tout ce qu’il lui avait été appris pour ne pas être repérée. Elle avait été très assidue et quand il pénétra dans une grotte, visiblement sa destination, il n’avait rien ressenti de la présence de sa jeune apprentie.

Une fois dans la grotte, elle avança prudemment, tout en essayant de ne pas perdre de vue le druide. Soudain, elle s’arrêta. Myrddin, son mentor, l’homme qu’elle admirait le plus, voyait une femme en secret, et pas n’importe laquelle vu que ses yeux de démons le voyaient très clairement, il s’agissait d’un ange. Lilith ne savait que faire, l’ange était visiblement plus âgée et plus puissante qu’elle. De plus, lui faire face maintenant exposerait son identité à Myrddin, chose qui la terrifiait au plus haut point. Aussi, après de longues minutes d’hésitation, elle fit demi-tour et rentra à Camelot, la mort dans l’âme… Ses jours de bonheur était bel et bien finis.

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A suivre...

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15 juin 2012

La véritable histoire d'Elize Goldenhive

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     Le Comte et la Comtesse Goldenhive était l’image même de la réussite. Couple très harmonieux, pourtant marié très jeune par leurs familles respectives, William et Susan s’étaient très vite plus. Ambitieux et visionnaire, le comte investit dans l’exploitation d’une mine de charbon dans le Yorkshire. Unique actionnaire et propriétaire, son ascension financière impressionnante devint une référence dans le milieu de la noblesse de York.

 En 1862, vint au monde leur premier enfant, une petite fille du nom d’Elize. Le couple Goldenhive était au comble du bonheur. Malheureusement, l’accouchement avait terriblement affaibli la Comtesse, qui ne sortit qu’épisodiquement de la propriété par la suite. Afin d’offrir à sa femme quelques heures de calme et de repos, le Comte prit donc l’habitude d’emmener la petite partout avec lui, au plus grand bonheur de cette dernière qui adorait son père. Elize débordait d’énergie, était curieuse de tout et très sociable. Tout le monde l’adorait et elle en profitait. D’ailleurs, extrêmement obstinée, elle acceptait très mal le refus et son père en était le premier responsable, rien n’était trop beau pour sa petite princesse !
Sept ans après sa naissance, et ce malgré l’état de santé de la Comtesse, une nouvelle petite fille vint au monde dans la maison Goldenhive, Beth. Beth était tout le contraire de sa sœur. De constitution plus fragile, elle ne sortait que rarement et était très proche de sa mère. Alors qu’Elize avait toujours soif d’aventure et de voyages, Beth aimait rester au calme à jouer à la poupée ou à feuilleter un livre d’images auprès de la Comtesse. Mais malgré leur différences, Elize et Beth s’adoraient. A l’heure du thé, Elize adorait raconter des histoires à sa petite sœur, des contes merveilleux, des histoires de chevaliers,… et les rendait le plus vivant possible! Elle avait un vrai sens de la comédie. De son côté, Beth l’écoutait avec la plus grande attention possible, elle admirait sa sœur sous l’œil amusé de la Comtesse et du Comte quand son travail lui permettait de profiter de ce moment.
Les jours s’écoulaient paisiblement dans la grande propriété de York…
 
 Elize atteint l’âge de dix ans et promettait déjà d’être une belle jeune fille au caractère bien trempé, pour qui les usages et protocoles n’étaient absolument pas une priorité. Elle préférait de loin se promener, tantôt à pied tantôt à cheval dans les bois longeant la propriété. Le Comte lui avait appris très jeune à monter et elle était déjà une cavalière aguerrie. D’ailleurs, dès qu’il en avait le temps, ils partaient tous les deux pour de longues promenades.
Par une belle journée d’automne, le Comte et sa fille partirent donc pour une de leur excursion afin de profiter des couleurs rougeoyantes de la forêt. Ils allaient discutant, Elize adorait que son père lui parle de ses voyages d’affaires. Plus tard, elle aussi voyagerait à travers le pays, se disait-elle…
C’est alors que tout alla très vite. Le cerf surgit, puis la meute de chiens,… le cheval rua et le Comte fut désarçonné. Les chasses à courre étaient pourtant interdites dans cette partie de la forêt… Elize sauta de son cheval et accourut auprès de son père inconscient. Du sang coulait au niveau de sa tempe. Elle eut beau l’appeler, crier, pleurer toutes les larmes de son corps, plus jamais le Comte Goldenhive n’ouvrit les yeux,…
Elize en fut inconsolable et elle, d’habitude une enfant si ouverte et enjouée, se referma sur elle-même et ne quitta plus sa chambre. La santé de la Comtesse empira encore et seule la présence de ses filles lui apportait du réconfort, notamment celle de Beth qui, du haut de ses trois ans, ne comprenait pas tout à fait ce qu’il se passait et avait besoin d’elle.
 
 Au bout de quelques temps, la famille Goldenhive s’inquiéta de ne plus les voir sortir de la maison, repliées sur elles-mêmes. Les affaires du Comte était toujours aussi fleurissantes, mais ne plus voir âme qui vive sortir du domaine commençait à faire « parler » les clients. Le Comte était très respecté et avait toujours eu le sens du contact et, pour les clients, se retrouver sans interlocuteurs, représentant la famille Goldenhive, commençait à les inquiéter. Aussi petit à petit, la famille en visite chez la Comtesse commença à mentionner un éventuel « remariage ». Évidemment, l’idée fut très mal reçue par Susan qui refusa catégoriquement. Mais au bout de quelques mois, devant les arguments de la famille, « devant sa santé de plus en plus fragile », « craignant pour trois femmes seules » ou encore, « devant le risque de perdre la compagnie que William avait créé, dans lequel il avait tout investit », elle se résigna.
En 1874, deux après la mort du Comte, elle épousa Ulrich Carlisle, le bras droit de William. L’homme le plus « qualifié » pour gérer les intérêts de la famille Goldenhive. Les noces furent très simples et sans grande joie, un mariage aux airs de contrat d’affaire. Les clients purent à nouveau mettre un visage sur la compagnie, Ulrich s’occupait de toutes les affaires de la famille, cette dernière était rassurée et fière d’avoir choisi un tel homme. La Comtesse n’avait plus à supporter leurs allers et venues, leurs critiques incessantes quant à son deuil persistant. En effet, elle avait été claire à ce sujet, le mariage ne devait servir qu’à préserver la compagnie de son mari, il était hors de question que quiconque remplace William. Ulrich fut d’ailleurs tout à fait compréhensif vis-à-vis de ce point et finalement, après le mariage, la vie de Susan et de ses filles ne changea guère.
Ulrich était toujours très occupé avec les affaires de la compagnie, toujours en déplacement, rarement à la maison. La Comtesse continuait de prendre soin de ses filles et de leur éducation. Elize s’était rapproché d’elle et de la petite Beth, se soutenant mutuellement dans leur chagrin. Elles n’avaient besoin rien, ni de personne d’autres...
La vie n’était pas si désagréable au vu des circonstances. Elize n’avait bien entendu jamais approuvé le remariage de sa mère mais elle s’en était accommodée sachant que cette dernière n’avait pas eu le choix. Et puis, Ulrich, n’était pas désagréable, peu présent, il s’imposait peu. Seule la compagnie l’importait et il ne faisait d’ailleurs même pas semblant de s’intéresser à autre chose, ce que la jeune fille appréciait.
Seul le mois d’août changeait des habitudes installées. En effet, Ulrich avait proposé que chaque été, il serait agréable de se retrouver dans la propriété de campagne de sa famille, dans le Kent. Devant le peu de requêtes de ce dernier, la Comtesse accepta sans discuter. La maison était très agréable, située sur la côte, bercée par le bruit du vent dans les arbres. Elize aimait se promener le long de plage le matin. L’après-midi, elle allait voir les chevaux galoper dans un pré, non loin de la propriété. Elle n’avait plus jamais monté depuis le décès de son père mais elle n’avait jamais cessé de les admirer. Elle se lia alors d’amitié avec Peter, de trois ans son ainé, qui travaillait aux écuries. C’était un garçon très enjoué et très bavard, ce qui contrastait avec Elize qui restait souvent les yeux dans le vague en l’écoutant. Néanmoins, c’était son premier ami depuis longtemps, le seul. Ils aimaient marcher le long du pré en admirant les poulains. Peter parlait de son travail qu’il adorait, elle l’écoutait et cela leur suffisait pour passer de très bons après-midis.
Le mois d’août fila à toute vitesse, et tout le monde apprécia ces petites vacances. Néanmoins, Susan, Elize et Beth étaient heureuses de retourner à York, c’était chez elles. Et la routine reprit son cours. Elize correspondait avec Peter et ils restèrent en contact toute l’année durant. Elle attendait ses lettres avec impatience. Et recommença peu à peu à s’ouvrir au monde, à la plus grande joie de sa mère.
 
 La deuxième année, Elize se surprit à attendre le mois d’août et le séjour dans le Kent avec impatience. Elle avait quatorze ans.
Le trajet lui paraissait durer une éternité mais finalement ils arrivèrent. Ulrich s’éclipsa très vite comme à son habitude, Susan fit le tour de la maison accompagnée de Wendy, la femme de ménage de la famille d’Ulrich et de la petite Beth. Elize prit à peine le temps de monter ses affaires dans sa chambre qu’elle partit jusqu’aux écuries où Peter l’attendait, suite à l’annonce de son arrivée dans ses lettres. Le temps promettait de belles journées, l’été de merveilleux souvenirs…
Le mois d’août allait tranquillement. Un soir pourtant, Elize rentra un peu en retard pour l’heure du thé, moment privilégié pour la famille où tous se retrouvaient pour bavarder. Peter, pour la énième fois depuis le début des vacances, avait essayé de la convaincre de monter à nouveau l’un des chevaux des écuries…
En arrivant dans le petit salon, elle ressentit quelque chose d’étrange. Sa mère et sa sœur étaient là, assises, immobiles, les yeux fermés, comme endormies. On aurait dit deux poupées… Ulrich n’était pas encore rentré. Elize s’approcha de sa mère en l’appelant doucement mais il n’y eu aucune réaction. Elle aperçut alors la tasse de thé renversée au pied de sa mère. Elle agrippa alors sa mère par les épaules et la secoua en criant, toujours rien. Paniquée elle accourut vers sa sœur. Malheureusement, la petite, elle aussi, semblait sans vie. C’est alors que, penchait sur le corps de la petite Beth, elle sentit un violent coup sur le haut de la tête. Elle ne vit pas d’où le coup avait pu venir, elle se sentit juste sombrer. Néanmoins, elle entendit une voix qui semblait lointaine au fur et à mesure qu’elle perdait conscience. La voix d’Ulrich… Elle ne put comprendre ses mots et sombra.
La chaleur, le feu, la suffocation… Peter, sa voix, « Tiens bon ! »
 
 Quand Elize ouvrit à nouveau les yeux, seuls des sortes de flash s’imposaient à elle. Elle regarda tout autour d’elle. Elle était dans une petite chambre qu’elle ne connaissait pas. Elle essaya de se lever mais se sentit trop faible pour faire le moindre mouvement. Elle reposa la tête lourde sur l’oreiller et s’endormit à nouveau. Une voix, Peter,… Elle ouvrit à nouveau les yeux. Le jeune homme était assis près d’elle et la regardait avec inquiétude…
La première pensée d’Elize furent pour sa mère et Beth. Le regard de Peter se voilât d’une profonde tristesse mêlée de pitié…
Trois jours plus tôt, alors qu’il rentrait chez lui, il vit de la fumée s’élever du manoir Carlisle et accourut. Quand il fut arrivé sur les lieux, il eut juste eu le temps de voir un homme s’enfuir. Sans réfléchir, il s’était élancé dans le brasier en quête de son amie et l’avait trouvée dans le petit salon à côté des corps de sa mère et de sa sœur. A peine avait-il eu le temps de la mettre en sécurité que le seul accès s’effondra derrière lui, interdisant tout secours. Il porta alors Elize jusqu’à chez lui et la soigna du mieux qu’il put…
« Et Ulrich, demanda la jeune fille?
- A priori, il est arrivé plus tard, une affaire urgente à régler en ville…
- Je vois. » murmura la jeune fille, les yeux perdus dans le vague.
Peter la fixait, comme déstabilisé par son manque de réaction. Il se demanda si elle avait bien compris… Peut-être était-elle en état de choc.
« Ce n’est pas tout, reprit-il en hésitant. Ulrich a déclaré que tu avais aussi péri dans l’incendie… »
Elize le regarda à son tour. Il continua, la tête baissée.
« J’allais leur dire, mais au dernier moment, j’ai pensé à l’homme que j’avais vu s’enfuir et… je sais pas… J’ai rebroussé chemin. »
Peter ne semblait pas comprendre son hésitation. La jeune fille le quitta des yeux et fixa alors dans le vide. Peter jura voir un léger sourire sur ses lèvres et l’entendit murmurer pensivement : « Elize Goldenhive est morte... Hm… C’est parfait. » Jamais il ne sut le sens de ces mots. Peu de temps plus tard, il quitta son emploi sans une explication et on ne le revit plus dans la région. Beaucoup mirent ce départ soudain sur le compte du chagrin d’avoir perdu son amie.
A York, pour tout le monde, Susan Goldenhive et ses deux filles avaient péri dans l’incendie de la maison des Carlisle dans le Kent. Ulrich revint effondré, jura à qui voulait l’entendre qu’il se sentait coupable de n’avoir pas pu les sauver, que jamais il ne pourrait se le pardonner…Oui, il semblait effondré, mais riche aussi. Il hérita de la totalité de la compagnie et la famille Goldenhive qui avait tant insistée pour que la Comtesse épouse cet homme parfait pour protéger les intérêts des Goldenhive ne pouvait plus rien y faire.
 
 
 Le temps passa. Ulrich gérait d’une main de fer la compagnie et menait la grande vie dans la résidence des Goldenhive, enchainant les soirées « mondaines » et les aventures sans lendemain. Nous étions bien loin de la belle époque des nobles Comte et Comtesse Goldenhive. Néanmoins tout semblait sourire à Ulrich!
Pourtant, un soir d’aout 1881, exactement cinq ans après le décès de sa femme et de ses deux filles, Ulrich Carlisle fut trouvé mort, peu de temps après l’heure du thé dans la propriété des Goldenhive…
L’enquête démontra que son thé contenait de l’arsenic à forte dose. Au moment d’interroger les personnels de la propriété, deux manquaient : le garçon d’écurie et sa jeune sœur qui travaillait en cuisine, tous deux âgés d’une vingtaine d’années. Ils avaient été engagés quelques mois plus tôt, n’avaient aucune famille connue. En réponse aux enquêteurs à leur sujet, on leur répondra juste que Peter était un garçon travailleur et enjoué, et sa sœur Betty d’une timidité extrême, sortant rarement des cuisines. On alla jusqu’à leur appartement en ville, un petit deux pièces sous une mansarde, un peu triste mais bien entretenu. On ne trouva aucune trace des deux jeunes gens. Ils avaient disparu…
Automne 1881, les journées sont encore belles dans le Kent… Deux jeunes garçons jouent dans ce qui semble être les vestiges d’une vieille et grande maison non loin de la côte. Des ruines, pour des enfants, forment toujours un superbe terrain de jeu, plein d’aventures et de découvertes... Hélas, ils ne s’attendaient pas à ce qu’ils découvrirent ce jour-là… Au milieu des ruines, le corps d’une jeune femme repose sans vie, assise, adossée contre le reste d’un mur noirci. Elle semblait apaisée, un léger sourire sur ses lèvres bleutées. Dans ses mains, elle tenait encore une tasse de thé…
 

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14 juin 2012

Les dernières saisons d'Avalon, partie 5

Partie 1

Partie 2

Partie 3

Partie 4

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LA GRANDE SCISSION

 

     De retour à Avalon, Lelahel fut d’une humeur exécrable. Elle s’enferma dans la Tour d’Or et en interdisait l’accès à tous. Seule la jeune Amy restait là, dans une des chambres de la Tour. Elle avait vu ce qu’il s’était passé il y a bien longtemps, mais, pour la première fois de sa vie, sa mère n’avait pas cru en ses prédictions. Amy restait donc là, pleurant en silence le décès de toute sa famille… et maudissant la folie de sa mère.

Quand Lelahel convoqua enfin les Seigneurs des différentes maisons, ce fut pour le jugement d’Endymion. Accusé  de haute trahison, Lelahel fut impitoyable. Sa punition fut exemplaire. Ses ailes lui furent arrachées et il fut bannit sur les terres arides d’Infernos. Aucun ange n’avait été si sévèrement puni de toute l’histoire d’Avalon. Mais ce n’était rien quant à la souffrance que lui causa l’Ange-Couronne quand elle lui annonça avec un sourire des plus sadiques la mort de Séléné et de sa fille, la princesse Serenity. La douleur du mage fut incommensurable et c’est sans réaction qu’il subit la « Mutilation ». Très vite, il prit le bateau pour traverser le Léthé et se rendre en Infernos, quoique que certains jugèrent cette peine bien inutile tant il semblait déjà dévasté, comme si son âme était brisée.

Endymion donc fut envoyé en Infernos mais pas seul. En effet, nombre des grands mages lui étaient restés fidèles et refusant de le trahir avaient subi eux aussi le courroux de Lelahel et la même punition que leur Seigneur. Parmi eux, Samaël était celui qui avait le plus souffert. Dénoncé par Diane comme complice d’Endymion, il avait été très vite arrêté et conduit devant l’Ange-Couronne. Une fois dans la Tour d’Or, Lelahel avait tenu personnellement à faire l’interrogatoire… Néanmoins, Samaël était tenace et loyal envers son Seigneur et ami, il tint bon mais n’en souffrit pas moins.

Ainsi une vingtaine de Grands Mages accompagnèrent Endymion en Infernos et on n'entendit plus parler d’eux.

Suite à ce « carnage », Lelahel perdit la confiance de ses subordonnés mais sembla ne pas s’en soucier. Elle renvoya la jeune Amy hors de la Tour d’Or et ordonna qu’on ne l’importune plus. La pauvre Amy, orpheline, pensa que c’était la fin pour elle, perdue dans ce monde qu’elle ne connaissait pas mais un érudit, présent lors de la première excursion la recueillit et la prit sous son aile. C’était un ange sage et bon, et très vite, il put s’apercevoir de l’étendue des  pouvoirs divinatoires de la jeune fille. Finalement, plutôt que de les garder pour lui, il en fit cas à ses confrères et la nouvelle s’étendit à tout Avalon. Tout le monde souhaitait les conseils de la Dame la Lune, très vite surnommée « Dame Tsuki », on venait la voir de partout  et tous l’écoutaient avec ferveur.

Certes Amy n’était pas un ange, aussi ne vit elle pas aussi longtemps qu’eux, néanmoins elle enfanta une jeune fille, à moitié ange, qui développa le même don qu’elle, et cette dernière fit de même, le sang angélique se propageant tout en conservant le don de leurs ancêtres. Ainsi naquit la lignée des Dames Tsuki, célèbres et respectées dans toutes les Terres Célestes.

 

La vie continua, cela mit du temps mais tout semblait revenir à la normal sur la Grande île d’Avalon, du moins en apparence car quelque chose de lourd flottait dans l’air. Les anges aux sens les plus aiguisés sentaient que quelque chose se tramait… Une saison passa depuis la guerre de la Lune. Rare étaient les personnes qui pouvait encore se vanter de voir l’Ange-Couronne où ne serait-ce que pouvoir pénétrer dans la Tour D’Or.

Puis, vinrent les premiers rapports d’Infernos. Des anges chargés de veiller sur les lieux et leurs habitants avaient disparu. On envoya d’autres anges pour enquêter mais aucun ne revinrent. Les rapports se multiplièrent, se faisant de plus en plus inquiétants mais la Tour d’Or ne réagit pas. Les Seigneurs des différentes Maisons prirent les choses en main et envoyèrent toutes une troupe pour rétablir l’ordre. Aucun ne s’attendait à ce qu’ils allaient trouver.

A peine avaient-ils franchi les portes du port d’Infernos, le Tartare, qu’ils virent des cadavres d’anges joncher le sol, tous, les ailes arrachées sans aucune pitié. Tous les anges qu’ils avaient envoyés étaient là, exposés comme un avertissement.

Sur la colline surplombant le port, on pouvait voir une dizaine d’anges observant la scène, l’œil dur.

Des anges? Pas tout à fait, ces êtres, sortis tout droit du néant, étaient bien ailés mais leurs ailes étaient d’un noir corbeau. Les anges de Caelestis n’avaient jamais vu cela. Dans les ténèbres environnantes, seuls leurs yeux flamboyants, pleins de haine, ressortaient, leurs yeux et leur sourire satisfait, remplis de défis. Les plus anciens de l‘armée angélique n’en crurent pas leurs yeux quand, parmi ces êtres terrifiants, ils reconnurent Samaël, le Grand Mage déchu, le regard encore plus dur et plus haineux que ses compagnons, souriant à pleines dents.

Les anges voulurent chasser cette idée de leur esprit, pour eux ils étaient impossible qu’un ange puisse finir ainsi mais soudain les anges noirs s’écartèrent laissant respectueusement passer un des leurs, non visible jusque-là. Il s’avança jusqu’au premier cadavre à quelques dizaines de mètres des anges de Caelestis et le poussa négligemment du pied sans trop d’effort.

Son apparence était des plus effrayantes. Ses yeux semblaient encore plus flamboyants et durs que ceux de ses congénères. Contrairement à eux, il n’avait pas une mais bien deux paires d’ailes immenses et menaçantes qui témoignaient de sa puissance. Néanmoins, ce n’est pas ce qui frappa le plus les anges quand il s’avança car, s’ils avaient eu un doute concernant la ressemblance entre l’ange noir souriant et Samaël, celui qui se tenait à quelques mètres devant eux ne leurs en laissait guère. Ceux qui l’avaient connu ne purent se tromper, il s’agissait bien du Grand Mage Endymion, ancien Seigneur de la 1ère Maison.

Lucifer

(note de l'auteur : Toute ressemblance avec un de mes pensionnaires connus est purement fortuite. ^_^)

C’est alors que ce dernier commença à parler :

« Mes amis m’appellent Lucifer. Le Royaume d’Infernos est désormais à nous. Nous tolèrerons les âmes corrompues afin de respecter l’équilibre mais tout ange de Caelestis qui posera désormais un pied sur ces terres sera immédiatement exécuté. » Il marqua une pose et poussa encore un peu le cadavre à ses pieds, un léger sourire aux lèvres et continua : « S'il a de la chance… »

Les anges protestèrent alors et se mirent en formation de combat.

Endymion hocha alors la tête et soupira alors : « Évidemment, ça me paraissait inévitable… »

Alors que les anges entrainés par leur colère de voir leurs camarades morts ainsi mutilés se préparèrent à attaquer, le démon balaya le premier rang d’une seule main. Il leva la seconde et fit un signe aux anges noirs restés en retrait. C’est alors qu’ils avancèrent et derrière eux une véritable armée constituée des démons originaux d’Infernos.

La bataille fut brève mais d’une violence inouïe. Les démons ne leurs laissèrent aucune chance, presque tous les anges furent tués. Les rares prisonniers furent renvoyés, plus morts que vifs à Caelestis, porteurs du message de Lucifer, jadis appelé Endymion. Tous furent horrifiés par cette nouvelle qui se répandit très vite, beaucoup en furent désolés.

Devant cette catastrophe, la Tour D’Or resta muette et les Seigneurs prirent le parti de ne plus aller en Infernos. Toutefois, les âmes corrompues continuèrent d’être acheminées jusqu’au Tartare devenue une véritable cité démoniaque. Une fois à quai, les anges prenaient bien soin de ne pas mettre pied à terre et les démons prenaient le relais. Ainsi était respecté l’équilibre des âmes nécessaire à l’équilibre même des Terres Célestes toutes entières. Ce qu’il advenait ensuite des âmes corrompues, aucun ange ne peut le dire… Pour eux, le Royaume Infernos était désormais lui-même corrompu par le sang de leurs camarades, ils préféraient donc ne plus y penser. Néanmoins, le CPC continua de surveiller de près Infernos afin d’assurer la sécurité de tous.

Finalement, le principal sujet de préoccupation des anges en revint à Lelahel qui avait littéralement disparue. Personne ne l’avait vue depuis plusieurs celestaës. Personne ne savait ce qu’elle était devenue. La Tour d’Or demeurait close.

Pourtant une nuit, un puissant jet de lumière sortit du sommet de la Tour. Toute l’île d’Avalon trembla comme jamais. Les anges crurent à la fin des temps. Les bâtiments s’effondrèrent, des crevasses se formèrent partout sur les Terres Célestes. Enfin, la lumière vacilla et se dirigea vers le fleuve Léthé qu’elle frappa de plein fouet. La puissante lumière en suivit toute la longueur, comme si elle tentait de le redessiner. Les eaux se déchainèrent, des terres furent englouties et le port du Tartare presque entièrement détruit.

Jamais personne ne comprit avec certitude ce qu’il s’était passé cette nuit-là. Infernos s’était tout simplement éloigné pour former une île isolée. Le fleuve Léthé était devenue une mer. La grande île d’Avalon n’existait plus. Seules restaient, tout simplement, les Terres Célestes.

Le lendemain matin, quand tout fut calmé, les Seigneurs se dirigèrent avec hâte vers les portes de la Tour D’or espérant enfin pouvoir voir Lelahel. Ils eurent la surprise de voir les grandes portes de la Tour ouvertes. Ils cherchèrent l’Ange-Couronne dans tous les niveaux qui leur étaient accessibles mais nul ne trouva trace de Lelahel. Elle aussi avait disparu. Alors beaucoup crurent à un châtiment divin. L’attaque de la Lune, les punitions injustes et cruelles des Grands Mages, Lelahel avait payé pour ses péchés. Néanmoins, le mal qu’elle avait fait avait transformé le Monde à jamais.

 

Quelques lunaës plus tard, une nouvel Ange-Couronne fut désigné, Achaiah, issu de la 5ème Maison, celle des Sages. Son ère débuta difficilement avec la reconstruction des zones dévastées par la « Grande Scission », l’aménagement du territoire afin que les âmes corrompues puissent de nouveau atteindre le Tartare lui-même en travaux et beaucoup plus éloigné désormais, la reconstruction de la flotte quasiment entièrement engloutie par les flots et bien sûr rassurer ses subordonnés qui croyaient avoir vu leur fin arriver.

Mais Achaiah était un ange sage, juste et organisé, une chose après l’autre, patiemment, il remit les Terres Célestes sur pieds, du moins en ce qui concerne les Royaumes Caelestis et Animae. Pour ce qui est d’Infernos, ce n’était plus vraiment de son ressort.

  Terres Célestes Carte 5000px

Des centaines d’années plus tard, par une nuit de pleine lune, une jeune fille s’éveilla d'un très long sommeil sur une terre sauvage qui lui était inconnue. Elle semblait avoir une vingtaine d’année, de longs cheveux d’or ornaient son visage triste. Quand elle put enfin se lever, elle vit l’astre de la nuit qui semblait briller pour elle.

Tout en l’admirant, elle pleura.

 

Serah 

 

FIN.